Radio TAMTAM AFRICA PODCAST — TAMBOURS PARLANTS COMMUNICATIONS RETOUR AUX SOURCES, ARCHITECTURE DE LA LIBÉRATION ET MYTHE DE LA PAGE BLANCHE PODCAST « TAMBOURS PARLANT COMMUNICATIONS » 03 août 2026
03 août 2026 - 00:38 - 50vues
PODCAST — TAMBOURS PARLANTS COMMUNICATIONS
RETOUR AUX SOURCES,
ARCHITECTURE DE LA LIBÉRATION
ET MYTHE DE LA PAGE BLANCHE
Dimanche 2 août 2026
PRÉSENTATION
Félicité Amaneyâ Râ VINCENT
Journaliste indépendante, éditorialiste – Ingénierie sociale
Fondatrice de RADIOTAMTAM AFRICA
Réalisation : G.-V.
RADIOTAMTAM AFRICA — La Parole est une Force
INTRODUCTION
Bonjour à toutes et à tous.
Bonjour l’Afrique, bonjour la diaspora.
Bienvenue dans TAMBOURS PARLANTS COMMUNICATIONS, votre podcast consacré aux cultures, aux idées, aux créations et aux voix qui transforment le continent africain.
Je suis Félicité Amaneyâ Râ VINCENT, journaliste indépendante, éditorialiste, spécialiste de l’ingénierie sociale et fondatrice de RADIOTAMTAM AFRICA.
Aujourd’hui, nous vous proposons un voyage artistique entre Le Cap, New York et Nairobi.
Trois villes.
Trois expositions.
Trois manières de résister à l’effacement.
En Afrique du Sud, Zanele Muholi revient sur la terre qui nourrit son engagement artistique depuis plus de vingt ans.
À New York, le Museum of Modern Art remet en lumière les architectes qui ont contribué à construire la réalité matérielle des indépendances africaines.
Et au Kenya, Peterson Kamwathi interroge le mythe de la page blanche : cette idée selon laquelle les peuples, les cultures et les continents pourraient être privés de leur mémoire.
Une même question traverse cette émission :
Qui écrit l’histoire de l’Afrique, qui la conserve et qui décide de ce qui mérite d’être transmis ?
LES TITRES
À la une de cette édition :
Afrique du Sud : avec l’exposition Kanye Nawe, Zanele Muholi ramène au Cap plus de vingt années d’activisme visuel.
Nigeria et Afrique de l’Ouest : Demas Nwoko, artiste-designer et bâtisseur, incarne une architecture africaine qui refuse la simple imitation des modèles européens.
États-Unis : le MoMA présente Architects of Liberation, une grande exposition consacrée à l’architecture de l’Afrique de l’Ouest au temps des indépendances.
Kenya : Peterson Kamwathi déconstruit le mythe de la Tabula Rasa et rappelle que personne ne vient au monde sans histoire ni mémoire.
Enfin, nous rendrons hommage à Patrick Mukabi, peintre et mentor kenyan disparu en avril 2026.
Et maintenant, place à notre premier sujet.
AFRIQUE DU SUD — ZANELE MUHOLI REVIENT À LA MAISON
Après avoir exposé à Londres, Paris, New York, Amsterdam et dans de nombreuses institutions internationales, Zanele Muholi présente enfin une importante exposition personnelle en Afrique du Sud.
Intitulée Kanye Nawe, l’exposition est proposée par la galerie Southern Guild, au Cap, du 18 juillet au 10 septembre 2026.
En isiZulu, Kanye Nawe peut signifier :
« avec toi », « à tes côtés » ou encore « ne faire qu’un ».
Le titre résume l’esprit de cette exposition : la solidarité, la présence partagée et la fidélité à une communauté.
Le public peut y découvrir plus de vingt années de création artistique. L’exposition rassemble notamment des œuvres issues de la célèbre série Faces and Phases, qui fête cette année son vingtième anniversaire.
Cette série donne un visage, une dignité et une mémoire aux personnes noires LGBTQIA+ d’Afrique du Sud, longtemps marginalisées ou rendues invisibles.
D’autres photographies proviennent des séries Only Half the Picture, Being, Mo(u)rning, LiZa et ZaVa. De nouveaux autoportraits de la série Somnyama Ngonyama, que l’on peut traduire par « Salut à toi, Lionne noire », sont également présentés.
L’exposition comprend enfin de nouvelles sculptures en bronze, qui prolongent en trois dimensions le travail photographique et militant de Zanele Muholi.
Ce retour au pays possède une portée particulière. Il intervient cinquante ans après le soulèvement de Soweto de 1976, soixante-dix ans après la Marche des femmes de 1956 et l’année où l’artiste a été distingué par le prestigieux prix Hasselblad.
Mais pour le public sud-africain, Kanye Nawe représente bien davantage qu’une exposition.
C’est un retour aux sources.
C’est la restitution d’une mémoire à celles et ceux qui l’ont inspirée.
C’est aussi la reconnaissance de vies que l’histoire officielle et les représentations dominantes ont trop souvent tenté de maintenir dans l’ombre.
L’entrée est gratuite. Ce choix est important : il permet aux personnes directement concernées par cette œuvre de pouvoir la découvrir et se l’approprier.
Quand une œuvre revient vers le peuple dont elle porte les blessures, les résistances et les espérances, l’art cesse d’être un simple objet d’exposition.
Il devient un acte de transmission.
NIGERIA — DEMAS NWOKO, L’ARCHITECTE QUI A REFUSÉ DE COPIER
Notre deuxième sujet nous conduit au Nigeria, à la rencontre d’un créateur hors du commun : Demas Nwoko.
Né en 1935 à Idumuje-Ugboko, Demas Nwoko est l’une des figures les plus originales de l’architecture, du design et des arts visuels africains.
Dans les années 1950, il étudie les beaux-arts à Zaria et participe à la création de la Zaria Art Society.
Les jeunes artistes de ce mouvement défendent une conviction forte : la modernité africaine ne doit pas consister à reproduire les formes venues d’Europe.
Elle doit puiser dans les savoirs, les matériaux, les climats, les usages et les traditions culturelles du continent.
Demas Nwoko n’a pas suivi un parcours classique d’architecte. Il se définit lui-même comme un artiste-designer.
Après une formation en scénographie et en architecture théâtrale à Paris, il retourne au Nigeria pour enseigner à l’Université d’Ibadan.
Son approche de l’architecture naît donc du dialogue entre les arts visuels, le théâtre, la culture et la vie quotidienne.
L’une de ses réalisations les plus célèbres est l’ensemble dominicain d’Ibadan, commandé en 1970.
Le bâtiment associe des matériaux locaux, une ventilation naturelle, des murs épais, des cours intérieures et une organisation de l’espace inspirée des réalités culturelles et climatiques du Nigeria.
Cette architecture ne rejette pas la modernité.
Elle affirme au contraire que les connaissances africaines, les matériaux locaux et les techniques adaptées au territoire sont pleinement modernes.
Demas Nwoko pose ainsi une question essentielle :
Pourquoi une architecture construite en Afrique devrait-elle ignorer le climat, les pratiques sociales et la mémoire des populations africaines ?
Son travail constitue une réponse à l’héritage colonial, mais également une proposition pour l’avenir.
Construire africain ne signifie pas se replier sur le passé.
Cela signifie inventer à partir de soi.
NEW YORK — LES BÂTIMENTS QUI ONT CONTRIBUÉ À BÂTIR LES NATIONS
Demas Nwoko figure parmi les créateurs présentés dans l’exposition Architects of Liberation: Modernism in Western Africa, ouverte au Museum of Modern Art de New York, le MoMA.
Visible du 5 juillet 2026 au 2 janvier 2027, cette exposition est la première grande présentation muséale consacrée au rôle de l’architecture moderne dans la construction des États indépendants d’Afrique de l’Ouest.
L’exposition réunit environ 450 objets provenant de plus de cinquante prêteurs établis dans dix-sept pays : dessins, maquettes, photographies d’archives, films et documents rarement présentés au public.
Le parcours couvre sept pays : le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria, le Sénégal et le Togo.
Pour comprendre l’importance de cette exposition, il faut revenir à l’année 1960.
Cette année-là, souvent appelée l’Année de l’Afrique, dix-sept pays africains accèdent à l’indépendance.
Ces nouveaux États doivent alors transformer une souveraineté politique en réalité concrète.
Il faut construire des écoles, des universités, des logements, des centres civiques, des hôtels, des lieux culturels, des pavillons d’exposition et des bâtiments institutionnels.
Les infrastructures coloniales avaient principalement été conçues pour administrer les territoires et exploiter leurs ressources.
Les États indépendants devaient désormais construire pour leurs citoyens et exprimer une nouvelle vision de l’avenir.
L’architecture devient alors un langage politique.
Un bâtiment public ne représente plus seulement un assemblage de béton, de verre ou de terre.
Il matérialise une ambition nationale.
Il dit au peuple et au monde : nous sommes libres, nous existons et nous construisons notre avenir.
L’exposition présente des architectes africains comme Jean Léon, Cheikh Ngom, John Owusu Addo, Vic Adegbite et Demas Nwoko.
Elle montre également les collaborations et les tensions entre les créateurs africains et les architectes venus d’Europe.
Mais cette exposition soulève aussi une question douloureuse.
Que sont devenus les bâtiments qui incarnaient les espérances des indépendances ?
Certains sont encore utilisés.
D’autres ont été transformés, abandonnés, détruits ou effacés de la mémoire collective.
Si l’architecture des indépendances portait un projet de société, que signifie aujourd’hui la disparition de ces édifices ?
Préserver ces bâtiments, ce n’est pas seulement conserver du béton.
C’est préserver les traces matérielles d’un moment où l’Afrique imaginait et construisait sa propre modernité.
KENYA — PETERSON KAMWATHI ET LE MYTHE DE LA PAGE BLANCHE
Direction maintenant Nairobi, au Kenya.
Le Nairobi Contemporary Art Institute présente jusqu’au 23 août 2026 l’exposition Tabula Rasa, de l’artiste kényan Peterson Kamwathi.
Il s’agit de sa première grande exposition individuelle institutionnelle dans son pays.
Depuis plus de vingt ans, Peterson Kamwathi travaille sur les groupes humains : les foules, les files d’attente, les silhouettes anonymes et les corps rassemblés.
Il utilise le dessin, le collage, la gravure, la sculpture, la vidéo et les installations murales.
Dans Tabula Rasa, il s’attaque à l’idée philosophique de la page blanche.
Cette théorie suggère que l’être humain naîtrait sans connaissance préalable et que son esprit serait progressivement façonné par l’expérience.
Mais Peterson Kamwathi déplace cette réflexion vers l’histoire, la culture et l’identité.
Peut-on réellement considérer un peuple comme une page blanche ?
Peut-on parler d’un continent comme s’il n’avait ni mémoire, ni système de pensée, ni expérience antérieure ?
L’artiste répond par ses œuvres : la page blanche est une fiction.
Appliquée aux peuples et aux cultures, elle peut même devenir un instrument d’effacement.
Car personne ne commence à zéro.
Chaque individu porte une langue, une mémoire familiale, des blessures, des héritages, des croyances et une histoire collective.
Présenter l’Afrique comme un espace vide qu’il faudrait civiliser, développer ou remplir revient à nier les connaissances, les sociétés et les créations qui existaient bien avant la colonisation.
À travers ses figures répétées, ses cartes, ses monuments et ses symboles, Peterson Kamwathi rappelle que la mémoire collective n’est pas un obstacle à la modernité.
Elle est une matière à partir de laquelle l’avenir peut être construit.
HOMMAGE À PATRICK MUKABI
Cette exposition porte également la mémoire d’un homme qui a profondément marqué la scène artistique kényane : Patrick Mukabi, surnommé Panye.
Peintre, enseignant et mentor, Patrick Mukabi est décédé le 23 avril 2026, à l’âge de 56 ans.
Il avait fondé le Dust Depo Studio, un espace ouvert où de jeunes artistes pouvaient apprendre, travailler, rencontrer d’autres créateurs et accéder au marché de l’art.
Son enseignement ne se limitait pas aux techniques du dessin ou de la peinture.
Il aidait les jeunes artistes à trouver une place, une confiance et une voix.
Son héritage ne réside donc pas uniquement dans les œuvres qu’il a produites.
Il vit aussi dans les parcours de toutes celles et tous ceux qu’il a accompagnés.
Peterson Kamwathi considérait Patrick Mukabi comme un ami et un mentor.
En ce sens, Tabula Rasa dialogue aussi avec sa mémoire.
Car transmettre à un jeune artiste, c’est précisément refuser qu’il soit traité comme une page blanche.
C’est reconnaître ce qu’il porte déjà en lui et lui donner les moyens de le développer.
CONCLUSION — CE QUI REFUSE D’ÊTRE EFFACÉ
Une galerie du Cap rassemble vingt années de témoignages et de combats pour la visibilité.
Un musée new-yorkais remet en lumière les bâtiments qui ont incarné les espérances des indépendances africaines.
Un artiste de Nairobi déconstruit le mythe de la page blanche.
Et le souvenir de Patrick Mukabi nous rappelle qu’une œuvre se prolonge également dans les personnes que l’on aide à grandir.
Ces histoires nous enseignent une chose essentielle :
L’Afrique n’est pas une page blanche.
Elle possède des mémoires, des savoirs, des formes, des langues, des architectures et des visions du monde.
La véritable libération ne consiste pas uniquement à obtenir un drapeau ou une indépendance institutionnelle.
Elle consiste aussi à retrouver la capacité de raconter notre histoire, de construire selon nos réalités et de transmettre notre mémoire sans demander l’autorisation d’exister.
Merci d’avoir suivi ce nouveau numéro de TAMBOURS PARLANTS COMMUNICATIONS.
Je suis Félicité Amaneyâ Râ VINCENT, journaliste indépendante, éditorialiste et fondatrice de RADIOTAMTAM AFRICA.
Prenez soin de vous, de notre mémoire et de notre patrimoine.
À très bientôt pour une nouvelle émission.
RADIOTAMTAM AFRICA — La Parole est une Force.
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