RELIGION Vaccin anti-Covid : le Vatican ne met pas son veto Actualités 22 décembre 2020
22 décembre 2020 - 18:13 - 2749vues
La Congrégation pour la doctrine de la foi a statué sur les vaccins anti-covid : « Tous les vaccins reconnus sûrs et efficaces d’un point de vue clinique peuvent être utilisés. » • ISTOCKPHOTO
Par RadioTamTam
Il est « moralement acceptable d’utiliser des vaccins anti-Covid-19 pour lesquels des lignées cellulaires provenant de fœtus avortés ont été utilisées dans le processus de recherche et de production ». Plus exactement, dans le cas de l’épidémie, « tous les vaccins reconnus sûrs et efficaces d’un point de vue clinique peuvent être utilisés en ayant conscience que le recours à de tels vaccins ne signifie pas une coopération formelle à l’avortement ». C’est ce qu’affirme une Note sur la moralité de l’utilisation de certains vaccins anti-Covid-19 de la Congrégation pour la doctrine de la foi au Vatican (CDF) – « ministère de la doctrine » pas vraiment connu pour son relativisme moral – publiée ce 21 décembre. Elle est signée par le préfet de la CDF Luis Ladaria et le secrétaire Giacomo Morandi, et approuvée par le pape François.
La polémique AstraZeneca
Au cours de ces dernières semaines, la CDF a reçu un certain nombre de requêtes auxquelles elle a voulu répondre. Pour mémoire, en novembre, une vidéo publiée sur le réseau social Facebook accusant le vaccin développé par les anglais AstraZeneca et l’université britannique d’Oxford d’utiliser des cellules fœtales, avait fait des centaines de milliers de clics, suscitant une large polémique. Et il y a une semaine, la Conférence des évêques des États-Unis a déclaré que les catholiques pouvaient avoir recours à deux des trois vaccins anti-Covid-19 disponibles – ceux développés par les américains Pfizer et Moderna – même s’ils ont été développés avec un « lien très éloigné » avec des lignées cellulaires « moralement compromises ».
Pour comprendre la polémique, il faut revenir sur cette histoire de chaînes cellulaires. « En 1972, une enfant de sexe féminin a été avortée aux Pays-Bas, et des cellules de ses reins ont été extraites et développées dans la lignée cellulaire maintenant connue sous le nom de HEK-293, explique le Catholic Herald. HEK signifie “Human Embryonic Kidney”. Les cellules de la lignée HEK-293 sont couramment utilisées dans la recherche biologique depuis la fin des années 1970. » Ainsi, la Conférence des évêques des États-Unis tolère les vaccins produits par Pfizer et Moderna, qui n’ont pas utilisé HEK-293 dans leur conception, le développement ou la production, mais seulement dans un test de confirmation, tout en encourageant à éviter, si possible, le vaccin AstraZeneca, car « la lignée cellulaire HEK-293 a été utilisée dans les étapes de conception, de développement et de production de ce vaccin, ainsi que pour les tests de confirmation. »
En ce qui concerne le Vatican, ce n’est pas la première fois qu’il s’exprime sur le sujet. En termes de textes de référence, on compte, en 2005 le prononcé de l’Académie pontificale pour la vie, Réflexions morales autour des vaccins préparés à partir de cellules provenant de fœtus humains avortés, puis, en 2008, l’instruction Dignitas Personae de la CDF, et enfin, en 2017, une note de l’Académie pontificale pour la vie. Dans la note actuelle, la CDF prévient qu’elle n’entend pas « juger de la sûreté et l’efficacité de ces vaccins, bien que celle-ci soit éthiquement importante et nécessaire », car cela ne relève pas de son champ de compétences, mais « simplement réfléchir sur l’aspect moral de l’utilisation de ces vaccins contre le Covid-19 qui ont été développés avec des lignées cellulaires provenant de tissus obtenus de deux fœtus avortés de manière non spontanée ».
Rechercher le bien commun
Comment comprendre cette prise de position morale ? La CDF répète l’idée déjà présente dans Dignitas Personae – le texte avait été approuvé par Benoît XVI –, que, dans les cas d’utilisation de cellules procédant d’embryons avortés pour créer des lignées cellulaires afin de les utiliser dans la recherche scientifique, « il existe des responsabilités différenciées de coopération au mal ». Par exemple « dans les entreprises qui utilisent des lignées de cellules d’origine illicite, la responsabilité de ceux qui décident de l’orientation de la production n’est pas la même que la responsabilité de ceux qui n’ont aucun pouvoir de décision. » Ainsi, relève la présente note, quand, pour diverses raisons, il n’existe pas de vaccins anti-Covid-19 « éthiquement irréprochables » à disposition, il est « moralement acceptable » d’avoir recours à des vaccins qui ont utilisé des lignées cellulaires.
Un des arguments employés par la CDF pour expliquer la position de l’Église est que « la coopération au mal (coopération matérielle passive) de l’avortement provoqué d’où viennent les lignes cellulaires » est « lointaine ». Mais aussi, que « le devoir moral d’éviter cette coopération matérielle passive n’est pas contraignant s’il y a un grave danger tel que la diffusion, autrement impossible à arrêter, d’un agent pathogène grave » – dans le cas présent l’épidémie de Covid-19. Mais elle souligne que « l’utilisation moralement licite de ces types de vaccins, dans les conditions particulières qui la rendent telle, ne peut constituer en soi une légitimation, même indirecte, de la pratique de l’avortement, et elle présuppose l’opposition à cette pratique de la part de ceux qui ont recours au vaccin. » Et demande aux agences pharmaceutiques et aux agences sanitaires gouvernementales « de produire, approuver, distribuer et offrir des vaccins éthiquement acceptables », qui ne causent de problèmes de conscience ni aux opérateurs sanitaires, ni à ceux qui se font vacciner.
Tout en rappelant que la vaccination n’est pas une « obligation morale » et qu’elle doit être « volontaire », la CDF souligne le devoir de poursuivre la recherche du « bien commun ». Ce « bien commun », en l’absence d’autres mesures pour arrêter, ou simplement prévenir, l’épidémie, peut être la vaccination, spécialement dans le but de protéger les plus faibles et les plus exposés. Ainsi, conclut la CDF, ceux qui pour des motifs de conscience refusent les vaccins conçus en utilisant les chaînes cellulaires précédemment citées doivent « œuvrer pour éviter, au moyen d’autres outils prophylactiques et de comportements idoines, de devenir véhicules de transmission de l’agent infectieux. Plus particulièrement, ils doivent éviter le moindre risque pour la santé de ceux qui ne peuvent être vaccinés pour des raisons cliniques, ou d’autre nature, et qui sont les personnes les plus vulnérables. »
Source : lavie.Fr
Chaque contribution, qu’elle soit grande ou petite, est si précieuse pour notre avenir. Soutenez-nous dès aujourd'hui. Soutenez le journalisme indépendant.
L’équipe de RadioTamTam Propulsé par HelloAsso



Se connecter Inscription