Musique : Lous and The Yakuza, la révélation de l’automne

29 octobre 2020 à 16h55 - 276 vues

Par RadioTamTam

La chanteuse belgo-congolaise de 24 ans est l’une des sensations de l’année. Cette forte personnalité raconte sans filtre son parcours chaotique dans un percutant premier album entre rap et pop.

« Il y a trois ans, je vivais dans une cave à Bruxelles. Je me lavais chez des amis. Et la nuit dernière, j'ai dormi dans la suite d'un palace à Paris. Rien n'est impossible pour moi », lâche-t-elle dans un éclat de rire. Entre-temps, Lous and The Yakuza a créé le spectacle d'ouverture des Trans Musicales de Rennes (après Stromae, Yann Tiersen, Jeanne Added), séduit Alicia Keys et Angèle, fait chanter les filles de Madonna et vient de faire forte impression au « Tonight Show », émission américaine courue des stars planétaires, avec une performance à distance et un titre en français, « Amigo »…

Comme l'animateur star de l'émission, Jimmy Fallon, on est fasciné par « Gore », le premier album de cette Belgo-congolaise de 24 ans, qui parle cinq langues mais voulait se présenter au monde dans celle qu'elle possède le mieux, le français (avec son kiswahili natal). Au côté de El Guincho, le producteur de la formidable flamenca Rosalia, lui aussi tombé sous son charme, elle a concocté un puissant cocktail à base de rap, d'électro et de musiques africaines, de textes autobiographiques sans filtre et de mélodies pop, du tube « Dilemme » à l'entêtant « Tout est gore ».

En vrai, Lous and The Yakuza fait aussi son effet. Lorsqu'elle entre dans une pièce, elle impose tout de suite son charisme de princesse punk africaine avec son port altier de mannequin habituée des défilés - elle est égérie pour Louis Vuitton et Adidas -, mais aussi son visage tatoué. Autour de ses yeux, un XII à gauche et le mot « raw » à droite. Et sur son front, une silhouette avec deux bras levés. « XII ce sont les douze notes de musique. Raw signifie brut, réel, et les mains levées vers le ciel représentent la joie comme la tristesse, car mes émotions sont toujours intenses. Je les ai gravés pour ne jamais oublier mes bases, pour que ce monde ne me ramollisse pas. »

Joyeuse et combattante

Marie-Pierre Kakoma, son vrai nom, est née au Congo. « Dans les séquelles du racisme, dit-elle. A quatre ans, je suis partie vivre à Bruxelles avec ma mère, qui sortait de deux ans d'emprisonnement pour raisons politiques. De neuf à quinze ans, nous sommes partis au Rwanda rejoindre mon père. C'est toujours la guerre qui nous a fait déménager. Ma mère est rwandaise, mon père est congolais. Entre ces deux peuples, ce sont des génocides sans fin. » Avec ses deux sœurs et son frère, elle a grandi entourée d'intellectuels. « Mes parents sont médecins dans l'humanitaire, du genre bac + 17. Ils m'ont transmis une grande curiosité, une grande ambition mais ils m'ont préparé autant à l'échec qu'à la réussite. »

« La vie ne fait pas de cadeau » chante-t-elle dans « Amigo », un titre sur… le cancer. « A 18 ans, je faisais des live partout à Bruxelles, j'ai rencontré Damso, tout allait bien. Et puis à 19 ans et 20 ans, j'ai disparu dans la rue. » Elle vit en SDF, flirte avec les drogues, côtoie des prostituées, est victime d'agressions sexuelles. Elle en raconte une dans le titre « Quatre heures du matin ». « Au Moyen Age, j'aurais fini sur un bûcher, nous avoue-t-elle, énigmatique. C'est Damso qui m'a sorti de là. Il m'a dit : Ta fierté est mal placée. Elle te perdra. Il avait raison. » Depuis, son ami bruxellois est devenu la nouvelle star du rap et l'a invitée à partager un duo pop, l'excellent « Cœur en miettes », sur son nouvel album.

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