États-Unis. Plus de femmes et de diversité… Que sait-on de la future équipe de Joe Biden ?

02 décembre 2020 à 20h50 - 378 vues

Par RadioTamTam

Depuis le 23 novembre, le président américain élu, Joe Biden, dévoile les noms des possibles futurs membres de son gouvernement et de son équipe, pour l’accompagner durant son mandat. Des nominations qui devront être approuvées par le Sénat le 5 janvier.

Ils ont chacun une riche expérience dans leur domaine, ils connaissent leurs dossiers sur le bout des doigts et ils ont, pour beaucoup, travaillé pour l’Administration Obama. Les femmes et les hommes choisis jusqu’ici par Joe Biden pour intégrer son gouvernement marquent un retour à une pratique plus traditionnelle de la politique, après quatre années tumultueuses de présidence de Donald Trump.

Joe Biden a commencé à dévoiler lundi 23 novembre ses premiers choix pour le futur gouvernement américain, malgré les réticences de Donald Trump.

Le président élu qui prendra ses fonctions le 20 janvier, a promis de former une équipe représentative de la population américaine. Ce qui veut dire plus de femmes et de minorités. Et les postes qui leur sont confiés jusqu’à présent sont tout sauf anecdotiques.

Biden a également désigné plusieurs responsables francophones, comme John Kerry qui passait ses vacances en Bretagne, Antony Blinken qui a vécu sa jeunesse à Paris et Michèle Flournoy qui a appris le français en Belgique et travaillé en France.

Joe Biden ne sait pas encore si, le 5 janvier prochain, il aura une majorité au Sénat. Instance qui doit confirmer ses nominations au gouvernement. Il joue donc la prudence en nommant des personnalités qui sont appréciées à gauche et respectées à droite. Voici un tour d’horizon des possibles prochaines figures du gouvernement américain.

Kamala Harris, vice-présidente

À 56 ans, Kamala Harris représente la diversité de l’Amérique, mais aussi la poigne dont Joe Biden avait besoin pour l’accompagner à la Maison-Blanche. (Photo d’illustration) | EPA/MAXPPP

Kamala Harris était pressentie au poste de vice-présidente, depuis que Joe Biden en a fait sa colistière pour la campagne à l’élection présidentielle. À 56 ans, elle représente la diversité de l’Amérique, mais aussi la poigne dont Joe Biden avait besoin pour l’accompagner à la Maison-Blanche. Le 20 janvier 2021, Kamala Harris sera la première femme à prêter serment en tant que vice-présidente des États-Unis, mais aussi la première personne de couleur et la première à être issue de l’immigration.

Parfois surnommée « l’Obama au féminin », son prénom signifie « fleur de lotus » en sanskrit, une langue classique de la civilisation brahmanique de l’Inde. C’est là qu’est née sa mère, avant d’aller étudier aux États-Unis et de devenir une chercheuse renommée contre le cancer du sein. Son père, un professeur d’économie émérite de l’Université de Stanford, est né en Jamaïque.

Sénatrice de Californie depuis 2017, Kamala Harris a passé les quatre dernières années à se battre contre l’administration Trump.

Kamala Harris aime rappeler qu’elle a négocié un meilleur deal avec les institutions bancaires pour les victimes de la crise des subprimes. Un travail qui s’est fait avec Beau Biden, le fils aîné de Joe Biden, décédé d’un cancer en 2015.

Antony Blinken, chef de la diplomatie

Antony Blinken est un fervent partisan du multilatéralisme devrait notamment s’attaquer en priorité au dossier du nucléaire iranien. | CHANDAN KHANNA / AFP

Son titre officiel, c’est Secrétaire d’État. En France, il serait le ministre des Affaires étrangères. Antony Blinken a été adjoint au Secrétariat d’État de 2015 à 2017. À 58 ans, ce fervent partisan du multilatéralisme devrait notamment s’attaquer en priorité au dossier du nucléaire iranien. Ce francophone cache, derrière son image policée de diplomate, une passion pour la guitare et des tendances interventionnistes.

« Tony » Blinken semble être aux antipodes de son prédécesseur Mike Pompeo, beaucoup plus brut de décoffrage. « On peut difficilement faire plus affable, humble et discret que lui », estime son ami d’enfance Robert Malley, président de l’International Crisis Group.

Antony Blinken, secrétaire d’État adjoint sous la présidence de Barack Obama, s’est par le passé prononcé en faveur d’interventions militaires américaines au nom des droits humains. Ce fort attachement aux droits humains tient certainement pour beaucoup à son beau-père, Samuel Pisar, l’un des plus jeunes rescapés de la Shoah. Avocat de renom, ce dernier, natif de Pologne, s’est installé avec sa famille à Paris, où Antony Blinken a été scolarisé à la prestigieuse école Jeannine Manuel.

Le père biologique du futur chef de la diplomatie américaine est un important banquier d’affaires et sa mère, Judith Pisar, a dirigé pendant des années le Centre américain de Paris, une institution culturelle et artistique.

John Kerry, monsieur Climat

John Kerry fera son retour au gouvernement en tant qu’émissaire spécial du président américain sur le climat. | HAYOUNG JEON / EPA/MAXPPP

John Kerry, aujourd’hui âgé de 76 ans, fera son retour au gouvernement en tant qu’émissaire spécial du président américain sur le climat. L’ancien secrétaire d’État de Barack Obama, de 2013 à 2017, très impliqué dans la lutte contre le changement climatique, a ainsi qualifié Donald Trump, il y a quelque temps, d'« arme de destruction massive la plus redoutable au monde ».

Sa mission sera, entre autres, de faire en sorte que les États-Unis adhérent à nouveau à l’accord de Paris sur le climat, que l’ancien président a dénoncé. Ses attaches en France, et notamment à Saint-Briac en Bretagne où il venait passer ses vacances devraient l’y aider.

Joe Biden a également décidé que John Kerry siégerait au Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche. Ce sera, alors, la première fois qu’un de ses membres sera spécifiquement chargé de ce dossier.

Janet Yellen au Trésor

Janet Yellen a été nommée, par Joe Biden, pour le Trésor, l’équivalent du ministère de l’Économie et des Finances en France. | JASON SZENES / EPA/MAXPPP

À 74 ans, Janet Yellen a été nommée pour le Trésor, l’équivalent du ministère de l’Économie et des Finances en France.

Elle a été l’une des femmes les plus puissantes du monde en dirigeant, pendant quatre ans, la Fed (la Banque centrale américaine). Cet organisme – indépendant du pouvoir présidentiel – a trois objectifs : le plein-emploi, la stabilité des prix et des taux d’intérêt à long terme modérés.

Elle y avait été nommée en 2014 par Barack Obama. Elle en est partie en 2017 sur un bilan très favorable : chômage à 4,1 % et croissance à 3 %, loin donc de la crise qui avait frappé le monde en 2008.

Janet Yellen rassure les milieux d’affaires. Même Donald Trump lui a reconnu ses compétences et lui a loué ses qualités « impressionnantes ».

À ses côtés, elle pourra compter Wally Adeyemo au poste de secrétaire adjoint du Trésor, a annoncé Joe Biden, ce lundi 30 novembre. D’origine nigériane et présenté comme « expert en politique macroéconomique », il a notamment été directeur adjoint du Conseil économique national, conseiller à la sécurité nationale et chef de cabinet au Bureau de la protection financière des consommateurs.

Joe Biden aurait, selon le New York Times, choisi Brian Deese, un autre ancien conseiller de l’administration Obama, pour diriger le Conseil économique national (NEC) de la Maison-Blanche.

Cecilia Rouse, à la tête du Cercle des conseillers économiques

Parmi les autres nominations, à noter ce lundi 30 novembre, celle de Cecilia Rouse, une autre femme, pour prendre la tête du Conseil des conseillers économiques du président. Cette agence, au sein de la Maison-Blanche, est chargée d’aider à élaborer la politique économique nationale et internationale.

Là encore, une nomination inédite, relève Joe Biden : « Elle deviendra la première Afro-Américaine et seulement la quatrième femme à diriger ce Conseil en 74 ans d’existence. »

Le nouveau président sera également entouré de Jared Bernstein, un proche de longue date puisque celui-ci avait été son propre économiste en chef au cours des premières années de l’administration de l’ancien président Barack Obama. Jared Bernstein sera membre du Conseil des conseillers économiques.

Enfin, Heather Boushey, qualifiée d'« économiste éminente » dont les travaux de recherches ont été centrés sur les inégalités économiques, sera également membre du Conseil des conseillers économiques du président.

Alejandro Mayorkas, à la Sécurité intérieure

Alejandro Mayorkas sera le premier secrétaire à la Sécurité intérieure né à l’étranger. | MICHAEL REYNOLDS / EPA/MAXPPP

Alejandro Mayorkas, 60 ans, né à La Havane, sera le premier secrétaire à la Sécurité intérieure né à l’étranger. Il supervisera, entre autres, les questions d’immigration.

Ce fils de réfugiés anticastristes, ancien procureur fédéral, connaît donc bien ces problématiques et cette administration, créée après les attentats du 11 septembre 2001 : il en fut secrétaire adjoint de 2013 à 2016, au sein de l’administration Obama.

Arrivé bébé aux États-Unis avec sa mère juive roumaine réfugiée à Cuba et son père juif cubain, celui qui se fait appeler « Ali » a déjà annoncé son intention de protéger les droits des immigrants que le président Donald Trump a tenté de limiter tout au long de son mandat. Il devra, notamment, faire face, aux côtés de Joe Biden, au mur de Donald Trump, toujours en chantier à la frontière entre le Mexique et les États-Unis.

« Quand j’étais très jeune, les États-Unis ont servi de refuge à ma famille et moi-même, a-t-il tweeté le lundi 23 novembre. Aujourd’hui, j’ai été nommé ministre de la Sécurité intérieure pour superviser la protection de tous les Américains et de ceux qui fuient la persécution à la recherche d’une vie meilleure pour eux-mêmes et pour leurs proches. »

Avril Haines, aux services de renseignement

Avril Haines deviendrait directrice du Renseignement national. | EPA/MAXPPP

Avril Haines, 51 ans, devrait devenir directrice du Renseignement national, un poste chargé de coordonner les différentes agences fédérales actives dans ce domaine uniquement occupé par des hommes jusqu’ici.

Outre le fait qu’elle sera la première femme à ce poste, le fait de l’exercer aux États-Unis lui confère une importance particulière : elle va ainsi chapeauter 17 services de renseignement appartenant à plusieurs ministères. Parmi eux, la Defense Intelligence Agency (DIA, agence de renseignement de la défense), la National Security Agency (NSA, agence nationale de sécurité), la National Geospatial-Intelligence Agency (NGA), le National Reconnaissance Office (NRO, bureau national de reconnaissance) et les services de renseignement des Forces armées des États-Unis.

Michèle Flournoy, au Pentagone

À 59 ans, Michèle Flournoy prendrait le ministère de la Défense. | CHRIS KLEPONIS / AFP

Et encore une première ! Joe Biden a choisi une femme pour diriger le Pentagone. À 59 ans, Michèle Flournoy prendrait le ministère de la Défense.

Californienne, elle a servi dans l’administration Clinton, mais aussi en tant que numéro 3 sous Barack Obama. Experte des questions de sécurité et de défense, elle est respectée au Pentagone où elle reste dans la lignée des positions classiques. Pour exemple, elle a défendu les interventions américaines en Irak et en Libye, ainsi que la hausse des dépenses militaires.

Les progressistes désapprouvent Michèle Flournoy, suspectée de liens avec des entreprises travaillant dans le secteur de la défense à travers une société de conseil co-fondée avec… Antony Blinken.

Linda Thomas-Greenfield, ambassadrice à l’ONU

Linda Thomas-Greenfield, afro-américaine de 68 ans, deviendra ambassadrice à l'ONU. | CHANDAN KHANNA / AFP

Linda Thomas-Greenfield, afro-américaine de 68 ans, deviendra ambassadrice à l'ONU. Cette diplomate chevronnée, a elle aussi travaillé sous la présidence de Barack Obama, mais au sein de l’appareil diplomatique américain : elle a notamment été secrétaire d’État adjointe pour l’Afrique.

Joe Biden a désiré conserver ses qualités de négociatrice et ses connaissances internationales en la nommant ambassadrice à l'ONU – un poste pivot dans la politique étrangère des États-Unis.

Jake Sullivan, à la Sécurité nationale

Jake Sullivan, proche de Hillary Clinton a été nommé au poste de conseiller à la Sécurité nationale. | CHANDAN KHANNA / AFP

Jake Sullivan fait partie de la même école qu’Anthony Blinken, celle des centristes pragmatiques. Ce proche de Hillary Clinton a pour sa part été nommé, lundi 30 novembre, à seulement 43 ans, au poste de conseiller à la Sécurité nationale.

Son arrivée signale elle aussi la fin de certaines politiques isolationnistes. Il a, par exemple, joué un rôle crucial dans la négociation de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015, que Donald Trump a unilatéralement jeté au panier.

Il faut donc s’attendre à ce que la future administration tente de revenir à la table des discussions avec Téhéran.

Neera Tanden, à la direction du Bureau de la gestion et du budget

Neera Tanden serait la première femme d’origine indienne à occuper le poste de directrice du Bureau de la gestion et du budget à la Maison-Blanche. | SAUL LOEB / AFP

Neera Tanden a été désignée par Joe Biden pour diriger le bureau du budget à la Maison-Blanche. Cette annonce a provoqué davantage de remous que les autres et il se pourrait bien qu’elle ait du mal à décrocher sa confirmation au Sénat. Les républicains ne lui donnent « aucune chance » d’y parvenir, et les progressistes la jugent trop centriste.

Neera Tanden serait la première femme d’origine indienne à occuper le poste de directrice du Bureau de la gestion et du budget à la Maison-Blanche (OMB).

Grande critique de Donald Trump, Neera Tanden, 50 ans, est aujourd’hui présidente du Center for American Progress, un cercle de réflexion de gauche.

Drew Brandewie, porte-parole du sénateur républicain John Cornyn, estime qu’elle n’a donc « aucune chance d’être confirmée ». Elle est aussi critiquée par certains partisans de Bernie Sanders qui s’insurgent notamment de son opposition à la proposition d’instaurer un système de couverture santé universel. Mais de nombreuses voix démocrates se sont toutefois élevées pour saluer ce choix.

Abby Finkenauer, secrétaire du Travail

Abby Finkenauer, l’une des plus jeunes élues du Congrès américain, fait partie des candidats envisagés par le président élu Joe Biden pour occuper le poste de secrétaire du Travail dans la future administration démocrate, a appris lundi 30 novembre Reuters, de trois sources au fait du processus de sélection.

Proche de Joe Biden sur les plans personnel et politique, Abby Finkenauer, élue de l’Iowa âgée de 31 ans, figure dans la liste d’au moins cinq noms envisagés pour le poste.

Abby Finkenauer est entrée il y a deux ans à la Chambre des représentants mais a échoué à être réélue en novembre dans son district, qui penche côté républicain.

Selon ces sources, Joe Biden compte sur elle pour jouer un rôle dans la nouvelle administration. Son nom est d’ailleurs également mentionné pour d’autres postes.

Parmi les autres candidats pour le poste de secrétaire du Travail figurent notamment le maire de Boston, Marty Walsh, qui fût le président du syndicat des travailleurs des métiers du bâtiment, et la secrétaire du Travail de Californie, Julie Su.

Le nom de Bernie Sanders, ancien rival de Joe Biden dans la course à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle, a aussi été évoqué.

Une équipe de communication entièrement féminine

À noter également pour épauler le président élu des États-Unis, la nomination d’une équipe de communication à la Maison-Blanche entièrement féminine.

Parmi les personnes désignées figure Jen Psaki, qui occupera le poste très en vue d’attachée de presse de la Maison-Blanche. À 41 ans, elle a occupé plusieurs postes haut placés, dont celui de directrice de la communication de la Maison-Blanche sous l’administration Obama-Biden.

À 41 ans, Jen Psaki occupera le poste très en vue d’attachée de presse de la Maison-Blanche. | BRENDAN SMIALOWSKI / AFP

On retrouve également Kate Bedingfield, directrice adjointe de campagne de Joe Biden, qui est nommée directrice de la communication de la Maison-Blanche ; Ashley Etienne, directrice de la communication de Kamala Harris ; Symone Sanders, conseillère et porte-parole de la vice-présidente ; Pili Tobar, directrice adjointe à la communication de la Maison-Blanche ; Karine Jean Pierre, attachée de presse adjointe ; et Elizabeth Alexander, directrice de communication de la future Première dame, Jill Biden.

Ces nominations ne nécessitent pas la confirmation du Sénat, contrairement à la plupart des postes du cabinet.

Des postes encore à pourvoir

Plusieurs postes incontournables dans l’élaboration de la politique économique doivent encore être pourvus : le représentant américain au commerce (USTR) et le secrétaire au Commerce.

Ces nominations sont très attendues à l’étranger alors que l’administration Trump a mené une guerre commerciale avec la Chine et bousculé les relations commerciales avec les principaux alliés des États-Unis.

Même si elle n’est pas encore au complet, Joe Biden a estimé que son équipe était « composée de fonctionnaires novateurs qui aideront les communautés les plus durement touchées par le Covid-19 et s’attaqueront aux inégalités structurelles de notre économie ».

Il a assuré que ceux-ci travailleront « sans relâche pour s’assurer que chaque Américain bénéficie d’un juste retour pour son travail et d’une chance égale de progresser. »

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