Edouard Philippe sous la sellette des "gilets jaunes"

08 décembre 2018 - 102 vues

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 Edicto : Félicité VINCENT

Le premier ministre apparaît de plus en plus en difficulté sur le front depuis le début de la crise des GJ.

Voici le récit des trois semaines qui ont fragilisé la position du chef du gouvernement.

"Soit ça se passe bien samedi et il faudra changer le gouvernement et le Premier ministre en février avant les européennes. Soit ça se passe mal samedi et il faudra le changer avant Noël." 

Cette phrase émane d'un haut responsable de la majorité présidentielle qui nous l'a confiée il y a trois semaines, aurait pu paraître de délire.

Le 17 septembre 2018 est la première journée de la mobilisation des "gilets jaunes",  la colère était d'abord catégorielle contre la hausse des taxes sur les carburants. Et depuis  la contestation est ensuite étendue à la mise en cause de l'exécutif. Idées cadeaux gourmandsMaintenant la situation est devenue insoutenable et difficilement incontrôlable.

Le samedi le 8 décembre 2018 les GJ ce sont rassemblés à Paris, avec une crainte de nouvelles violences. C'est dans ce contexte qu'Edouard Philippe, se met première ligne depuis le début de la crise des GJ. Avec autant de cacophonie dans sa communication.

Il doit partir ou tiendra t-il ?

Le locataire de Matignon se retrouve de plus en plus sur les peaux de bananes, par la nécessité de protéger le président de la République, avec la crainte de la contagion de la fièvre Ebola sur toute l'hexagone sur les trois dernières semaines chaotiques à la tête du gouvernement.

Le brouhaha dans la majorité

Le dimanche 18 novembre 2018, Edouard Philippe est l'invité du journal de France 2. La première mobilisation des GJ la veille a réuni selon les chiffres du ministère de l'Intérieur 280 000 personnes. La cocotte minute est sous pression sur le gouvernement avec une température maximale : le bilan de la canicule est déjà lourd, nombre de mort, une femme est morte écrasée en Savoie et au compteur plus de 400 blessés.

Le premier ministre, lors de son passage à la télévision, tête haute, poitrine bombée, affiche avec orgueil, pas question de reculer, le cap qu'ils ont fixé est le meilleur miel, nous allons tenir bon. Ce n'est pas quand ça souffle qu'il faille en changer Dixit Edouard Philippe sur France 2.

A la question sur la main tendue de Laurent Berger. Le samedi 17 novembre 2018 au soir le patron de la CFDT sur son compte TWITTER "J'appelle Emmanuel Macron et Edouard Philippe à réunir très rapidement les syndicats, les organisations patronales, les associations pour construire un pacte social de la conversion écologique".

Le chef du gouvernement répond niet balaye d'un revers de la main : "Je ne crois pas que ce que demandent les GJ, c'est une grande conférence avec des responsables politiques et syndicaux".

Le lendemain Laurent Berger déplore dans un entretien au Monde, bien sûr il faut payé l'article Edouard Philippe, "persiste dans un rapport direct au peuple qui le met en grande difficulté aujourd'hui".

L'entourage de Laurent Berger déclare au Quotidien du soir "c'est de l'inexpérience et de l'arrogance de croire qu'on peut faire sans nous".

Cette intransigeance de la part du premier ministre sème la panique dans le camp de l'aristocratie. "L'immense majorité des marcheurs pensaient qu'il fallait saisir la perche tendue par la CFDT". Jacques Maire le député LREM des Hauts-de-Seine déclare dans Le Journal du dimanche "Edouard Philippe  est passé à côté et sa démarche n'a pas été comprise par l'opinion". Une députée LREM  déclare sur FRANCE Info : Je n'ai pas compris la parole assez brusque du premier ministre après la main tendue de Laurent Berger, alors que je sentais que la majorité d'entre nous souhaitaient trouver des alliés de réflexion.

Jeudi 22 novembre sur France Inter, Monsieur François de Rugy, ministre de la transition bricologique, sort de la forêt d'Amazone comme Tarzan à cette occasion. « Je crois qu'il faut la saisir, cette main tendue ».

Une petite musique commence à émerger au sein de la majorité. Edouard Philippe n’aurait pas pris la mesure de la contestation qui monte comme une houle dans une mer déchaînée par les vacarmes du peuple. Les marcheurs croient le contraire qu’Emmanuel Macron a vue la contestation qui traverse la rue sur les ronds points.

  Le président marcheur « revient d’une itinérance, du terrain, il voit ces gens avec des GJ, je crois que lui en était conscient. A ce moment-là, il fallait faire un moratoire mais le premier ministre n’a pas vécu ça, il n’a pas vu autant de gens.

En messe basse, un parlementaire de la majorité chuchote "Le président revient d'une itinérance, du terrain, il voit ces gens avec des 'gilets jaunes', je crois que lui en était bien conscient. A ce moment-là, il fallait faire un moratoire mais le Premier ministre n'a pas vécu ça, il n'a pas vu autant de gens.  Cela explique qu’Edouard Philippe n’ait pas été prêt à faire des concessions ».  Et l’analyste politologue Alexis Massart "En ayant le nez dans le guidon des réformes, le gouvernement n'a peut-être pas vu comment elles étaient ressenties".

Macron modifie son discours

L’aristocrate Edouard Philippe à tout raté dans sa dissertation, car il pensait que la contestation va s’éteindre d’elle-même. Samedi 24 novembre 2018, au deuxième jour de mobilisation nationale, le mouvement des GJ bascule dans la violence avec plusieurs débordements sur les Champs-Elysées. Les images sont sur toutes les chaînes d’information nationale et internationale. Emmanuel Macron prend la parole trois jours plus tard, pour la première fois sur le sujet, lors de la présentation de la programmation pluriannuelle de l’énergie.

Mardi 27 novembre 2018, le chef de l’Etat s’apprête à annoncer un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants. François Bayrou du MoDem sort de la jungle et justifie sur FranceInfo. «Plus on réforme, plus il faut être juste ». L’éphémère ancien ministre Justice poursuit : « Il a senti depuis le début qu’il fallait faire un geste ».  L’un de ses lieutenants confie. « Il a tout essayé de convaincre, c’est sûr ! Mais… ».

Sur FranceInfo à 9h30 à 10h30, un responsable de la majorité déclare : le mot moratoire était contenu dans le discours, mais le discours qui est prononcé le moratoire est censuré !

Un député LREM assure au Parisien qu’Emmanuel Macron « faire un geste, c’était justement une solution pour continuer à avancer ».

Que s’est-il donc passé ?

Un député très influent de la macronie confirme, et aussi de l’aveu de plusieurs sources L’aristocrate Edouard Philippe aurait tout freiné des quatre fers. « Des quatre fers, je ne sais pas, mais oui initialement, ce n’était pas ma position de premier ministre ». Dixit Edouard Philippe.

 Un proche du président nuance. : « Il y avait une partie de l'exécutif qui ne voulait pas bouger, Edouard Philippe n'était pas le seul, il y avait des gens autour de Macron aussi ». Un autre soutien explique sur Le Parisien. « A l'époque, Matignon souhaitait voir comment allait évoluer le mouvement ».

Mardi 27 novembre 2018, les acteurs du terrain de jeu politiques sont nombreux à regretter à prendre du recul. «C’est évident que si si on avait fait ce choix plus tôt, probablement que l’on avait une chance de maîtriser le mouvement, de le faire atterrir ».Un mammouth poids lourds de la majorité analyse pour FRANCE Info ancienne ministre  d’Edouard Philippe renchérit « Ça aurait été mieux de le faire il y a dix jours et ça aurait probablement évité les événements qui ont suivi et qui ont provoqué une cassure profonde ». Elle avait raison de la suite des événements.

Le premier renoncement du quinquennat.

Dans la soirée du samedi 1er décembre 2018, Emmanuel Macron quitte précipitamment le G20 à Buenos Aires. Dans son avion qui le ramène à la mère patrie, le président a le temps de faire le point sur les violences qui ont eu lieu dans les rues de Paris. La tension est à son comble, les GJ font monter la tension d’un cran. Dès le lendemain, une réunion de crise est prévue dès le lendemain à l’Elysée avec le premier ministre et plusieurs membres du gouvernement pour faire le point.

On n’obtient rien sans la sueur !

La peur change de quand, selon les informations du Figaro, le chef de l'Etat prend alors conscience de la gravité de la situation et se range finalement à la fameuse idée du moratoire.

Il cède pour gagner du temps

Dans la matinée à l’Elysée, le couple infernal de l’exécutif acte la décision lors ce rendez-vous. Emmanuel Macron accepte de reculer pour la première fois de son mandat. Le scénario entre la « vieille politique » et à « ancien monde », comme dans un film, il faut préparer la recette pour mieux faire l’annonce de ce renoncement pour ne pas donner l’impression qu’on fait le neuf avec le vieux.

La réponse nous viens du politologue Alexis Massart il décrypte le fondateur d’En Marche « Reculer au milieu du guet est un mess négatif envoyé par rapport à son programme, sa feuille de route. Ce qui peut explique les hésitations ». Fabien Gouttefarde, le député LREM de l’Eure abonde « Emmanuel Macron a toujours considéré que reculer, c’était faire comme les autres ».

Sur FranceInfo, Alexis Massartà, Je cite « il ne voulait pas donner des signes de faiblese et donner l’impression de faire comme les gouvernements pécédents en plongeant dans l’immobilisme ». 

Pour sauver soldat O’Brian de la colère des GJ, le premier ministre comme boucler humain se charge de l’annonce du moratoire. Un politologue déclare «C'est clairement la logique des institutions, on envoie en priorité le gouvernement pour essayer de déminer, de faire passer le message ». Dans Le Monde   Un très proche d’Emmanuel Macron déclare « Le président a laissé Edouard Philippe en première ligne parce qu'il ne voulait pas engager tout son crédit dans un acte dont on n'est même pas sûr qu'il mette un terme au mouvement ».

Après avoir longuement discuté pendant deux heures avec les députés de la majorité, le premier Ministre annonce lors d’une conférence de presse plusieurs mesures la suspension de la hausse des taxes sur les carburants. Le fameux moratoire qui doit durer six mois « temps du débat » qui tombe en période de vacances. Ces mots sont du chef d’Etat constate que le fameux geste et le fameux plat servit ne parviennent pas à calmer les esprits des gaulois réfractaires qui ne veulent pas traverser la rue pour trouver le travail.  

Après le conseil des ministres, le perroquet du Gabon percher sur son arbre Benjamin Grivaux défend encore l’idée moratoire du couple exécutif se retrouve et décide une fois pour tous de transformer la « suspension » en « annulation ». Il faut bien formuler les mots au perroquet pour singer !

Une petite impression de flottement chez Darty au service après-vente

La séquence du film se transforme en cafouillage, le premier ministre est chargé une nouvelle fois du service-vente devant les députés. En début d’après-midi le locataire de Matignon lance à la tribune de l’Assemblée nationale.  « Si nous ne trouvons pas les bonnes solutions, alors nous n’appliquerons pas cette taxe ».

Panique à l’Elysée

Dans cette cacophonie personne n’y comprend plus rien pour décortiquer les nœuds car il s’agit bien d’une annulation. Les petites mains de l’Elysée entrent en jeu  pour composer les éléments de langage à envoyer aux journalistes, leurs téléphones portables sont inondés des SMS pour vérifier vraiment que le message est bien passé, comme le raconte TF1.

Heureusement, le chef du gouvernement à droit au rattrapage, il tente de clarifier son message une nouvelle à l’Assemblée nationale. « La hausse de cette taxe est donc abandonnée dans le projet de loi de finances 2018 (PLF) ». L’Elysée prend la relève pour éviter toute langue de bois et insiste que l’augmentation de la taxe carbone au 1er janvier 2019 n’est pas « suspendu, ni différé », mais purement et simplement « ANNULE » et confirme sur confirme à franceinfo Les gilets jaunes et les députés se retrouvent perdus dans le champ de bataille sémantique.

La pauvre jeune députée LREM déclare sur FranceInfo : Au lieu de s’énervé, il faut rire à plein poumon comme Barack Obama Et le député ModeM confirme « On se retrouve dans une situation étrange où on a cru voter pour la suspension, une bonne première étape, et puis quelques minutes plus tard, on apprend la suppression. Ça donne une petite impression de flottement ». Il faut qu'il y ait une bien meilleure coordination ». Laure de La Raudière députée d'Eure-et-Loir, membre du groupe UDI, Agir et Indépendants elle s'exaspère « Cela donne une impression de cacophonie et cela met en doute la parole politique ». Elle continue sur FranceInfo « Depuis le début de cette crise, ils se plantent totalement en matière de com' ! »

Le politologue Alexis Massart estime «Ce couac est un peu surprenant, car malgré ce qu'ils disent, entre un moratoire de six mois et l'annulation, il y a bien une différence. En faisant ça, Emmanuel Macron réaffirme son autorité, mais il fragilise aussi son Premier ministre. »

Un premier ministre affaibli doit partir

L'opposition tire à vue pas de temps à perdre ! Alexis Corbière, député de La France insoumise juge « Edouard Philippe est dans un état d'extrême affaiblissement il doit partir, sa parole est remise en cause par le président de la République, il y a presque une forme de cruauté ». Sébastien Chenu du Rassemblement national sur FranceInfo ajoute. « Il est fragilisé car coincé d'un côté par les décisions autoritaires d'un président qui le désavoue régulièrement et de l'autre une majorité faible incapable de faire la pédagogie avant et le service après-vente. » Macron a ridiculisé Philippe avec l'annulation de la hausse des taxes sur le carburant. Il lui marche dessus. Edouard Philippe doit partir.

Jeudi 06 décembre 2018 selon un sondage Elabe près de 73% des Français déclarent ne pas lui faire confiance. Ce taux est le plus élevé depuis le début du quinquennat. Les opposants au Premier ministre savent bien que la cote de popularité d'Edouard Philippe subit une forte dégringolade.

Edouard Philippe doit partir est désormais ouvertement évoqué. Gilles Carrez Le député Les Républicains lance : « S'il y a encore des actes de violence graves samedi, à sa place, je donnerai ma démission", lance "Le seul départ de Philippe ne suffira pas, mais cela peut ouvrir une brèche de discussion. » Sébastien Chenu ajoute « Je pense que les jours d'Edouard Philippe sont effectivement comptés, il doit partir.  Alexis Corbière ajoute. Mais quand bien même il serait démissionné, je pense que cela aurait une efficacité quasi-nulle. La colère est dirigée vers Macron. »

Alexis Corbière déclare sur FranceInfo. « A trop utiliser le fusible, Macron risque de s'électrocuter à 30mA en 30s.»

Un député MoDem assure après les doutes des uns, des autres en interne, la « question de l'unité de la majorité ne se pose plus », « l'opération de ces derniers jours a réussi à ressouder les rangs ». Un parlementaire LREM estime que les députés macronistes ne croient pas en une démission prochaine. « Je ne vois pas Edouard Philippe quitter le navire avant les européennes sauf une erreur manifeste, comme un clash avec le président. Mais leur relation a survécu aux tensions très fortes du 80 km/h, que le président ne voulait absolument pas. »

Le locataire de Matignon tient bon la barre de Titanic

L’homme qui a coulé la mairie du Havre. Cet ancien maire du Havre il doit partir certes. Une députée LREM s’interroge « Tous les candidats qui ont traversé la rue, il y a une question de casting qui pose problème, niveau d’études, on ne va pas nommer un jardinier premier ministre ! »  « Et pour le remplacer par qui ? »

Un parlementaire de la majorité suggère que « Le nom e François Bayrou circule un peu, il a été l’un des lanceurs d’alerte sur le sujet moratoire. » Il  n’oublie pas de noter que le leader du ModeM a gagné 12 points d’opinion favorable en un mois 73 % le sondage Elabe auprès des sympathisants de LREM et du ModeM.

Le principal intéressé a été interrogé à ce sujet par FranceInfo, il botte en touche. Mais Bayrou ne fait pas l’unanimité de le voir à Mtignon même au sein de son propre camp. Un député de la majorité macronite  tacle un vrai film d’

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orreur « François Bayrou a plein de qualités, mais pas celles-là, pas dans cette séquence. »

Un député Mode

M  l’assomme avec une matraque sur la tête à FranceInfo. « Il faut de la solidité. Ce n’est pas le moment de changer  de premier ministre.

Enfin le député LREM Fabien Gouttefarde lui n'hésitent pas à rappeler les ennuis judiciaires qui touchent encore le parti de Fra

nçois Bayrou, visé par une enquête sur l'affaire des assistants parlementaires européens. « Je n'y crois pas à cause des raisons pour lesquelles il est parti. Je n'y suis pas opposé politiquement. Mais il est empêché. » De toute manière, Edouard Philippe ne montre pour l'instant aucune volonté de lâcher prise. Sur TF1 jeudi soir, il a ainsi écarté toute idée de démission : Enfin, le premier ministre conclut « Ma mission c'est d'atteindre les objectifs qui ont été fixés par le président de la République, je le fais avec le soutien de la majorité (...) et avec la confiance du président. »

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