ÉDITORIAL Le prix du déni : quand la promesse d’équité rattrape l’histoire Edito 19 octobre 2026
19 octobre 2026 - 23:47 - 95vues
Je suis Félicité Amaneyâ Râ VINCENT.
RADIOTAMTAM AFRICA — La Parole est une Force.
Il arrive qu’une parole politique conserve sa force longtemps après avoir été prononcée. Parce qu’elle nomme une réalité que les discours officiels ont souvent contournée.
Lorsque Jacques Chirac reconnaissait la contribution de l’exploitation de l’Afrique à la richesse française, il ouvrait une question fondamentale : que devons-nous faire de cette reconnaissance ?
Une déclaration peut éclairer l’histoire. Elle ne transforme pas, à elle seule, les rapports économiques.
Reconnaître les violences, les prélèvements et les contraintes des systèmes coloniaux est nécessaire. Mais cette reconnaissance reste incomplète si elle ne conduit jamais à examiner les mécanismes qui organisent les échanges aujourd’hui.
Qui fixe les conditions d’un contrat ?
Qui supporte les risques ?
Qui transforme les ressources ?
Qui encaisse les bénéfices ?
Et que reste-t-il pour les populations des territoires concernés ?
Voilà où commence le débat sur l’équité.
Pendant longtemps, une partie du discours public a présenté l’Afrique sous le seul prisme du besoin : besoin d’aide, besoin d’assistance, besoin d’accompagnement.
Ce regard réduit le continent à ses difficultés. Il laisse dans l’ombre ses contributions, ses savoirs, son travail, ses capacités de création et les richesses qu’il produit.
Une relation digne exige de regarder l’ensemble des échanges. Ce qui entre, ce qui sort, ce qui est créé et ce qui est conservé sur place.
Pour autant, notre exigence de vérité nous oblige à refuser les explications trop simples.
L’histoire coloniale compte. Elle a laissé des structures, des blessures et des déséquilibres. Mais elle ne suffit pas, à elle seule, à expliquer chaque conflit, chaque échec économique ou chaque décision politique.
Les choix des gouvernements africains doivent aussi être examinés. La corruption, l’opacité des contrats, le détournement des ressources et l’affaiblissement des institutions engagent des responsabilités présentes.
Défendre la souveraineté africaine, c’est donc demander des comptes aux partenaires étrangers et aux pouvoirs nationaux.
Car une richesse peut changer de bénéficiaire sans jamais atteindre le peuple.
Un contrat renégocié ne constitue un progrès que si ses résultats deviennent visibles : dans les écoles, dans les centres de santé, dans l’accès à l’eau, dans les emplois et dans les perspectives offertes à la jeunesse.
La souveraineté prend tout son sens lorsqu’elle donne aux citoyens une capacité réelle de décider, de contrôler et de bénéficier des richesses de leur pays.
Il faut également parler de la France avec précision.
Les citoyens d’aujourd’hui ne portent pas une culpabilité individuelle du seul fait de leur naissance. En revanche, les institutions ont une responsabilité : documenter l’histoire, ouvrir les archives, rendre leurs choix transparents et examiner les demandes de justice.
Cette distinction permet de débattre sans enfermer les peuples dans une accusation collective.
Nous devons pouvoir discuter des responsabilités historiques sans dresser les sociétés les unes contre les autres. Nous devons pouvoir critiquer une politique sans transformer une population en adversaire.
Et nous devons pouvoir interroger tous les partenariats.
Un partenaire nouveau doit répondre aux mêmes exigences : transparence, respect des travailleurs, protection de l’environnement, fiscalité équitable et respect des décisions souveraines.
La nationalité d’un investisseur ne garantit jamais, à elle seule, la qualité de son engagement.
Alors, quel est le prix du déni ?
À mes yeux, c’est d’abord la confiance perdue.
Lorsque les paroles d’égalité se répètent, mais que les pratiques demeurent opaques, le doute s’installe. Lorsque les citoyens ne voient pas les bénéfices des richesses de leur pays, la colère grandit.
Cette colère mérite d’être entendue. Elle mérite aussi des réponses sérieuses, capables de produire autre chose que des slogans.
Réparer peut prendre plusieurs formes. Restituer un bien culturel. Permettre l’accès aux archives. Examiner une demande de réparation documentée. Renégocier un contrat déséquilibré. Lutter contre les flux financiers illicites. Soutenir la transformation locale et la transmission des compétences.
Ces démarches demandent des preuves, des règles et un contrôle démocratique.
Notre ligne éditoriale est claire : les peuples africains doivent pouvoir décider de leur avenir et bénéficier des richesses qu’ils contribuent à créer.
C’est cette exigence que nous plaçons au cœur du débat de ce soir.
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