ECONOMIE : Micro-entreprises et plateformes internet : collaborations et conflits Actualités 20 avril 2022
20 avril 2022 - 18:08 - 3358vues
Par Félicité VINCENT
Le dernier bulletin annuel sur la création d’entreprise publié par l’INSEE nous apprend que 2021 a été une année record : 995 000 entreprises nouvelles ont été crées soit 17 % de plus que l’année 2020 et la majeure partie de ces créations sont des micro-entreprises : 641 500 (97 400 de plus que l’année précédente). Ces chiffres confirment le développement de l’esprit d’entreprendre mais ils alertent sur deux points :
- l’émergence d’une forme nouvelle de paupérisation du travailsi l’on tient compte que les micro-entrepreneurs retirent en moyenne 590 euros mensuels de leur activité (derniers chiffres publiés)
- la place grandissante de l’intermédiation numérique: un nouveau micro-entrepreneur sur six trouve ses clients avec une plateforme de mise en relation ; cette proportion monte à près de deux sur trois dans les transports, secteur dans lequel l’entrepreneur l’est de moins en moins au point que plusieurs décisions de justice ont requalifiées la relation plateforme/micro entrepreneur en contrat de travail.
Micro-entreprise : de quoi parle-t-on ?
Administrativement il s’agit d’une forme d’entreprise individuelle qui bénéficie d’un régime fiscal simplifié (celui de la micro-entreprise) et d’un régime social simplifié, lui aussi. On en dénombre aujourd’hui plus de deux millions dont les deux tiers sont vraiment actives.
Que les micro-entrepreneurs (appelés auto entrepreneurs à la création du régime en 2008) se mettent à leur compte par choix de vie professionnelle, pour compléter leurs revenus ou par nécessité économique, leur liberté d’action peut être très différente selon les clientèles et les circuits commerciaux utilisés pour les atteindre.
Le micro-entrepreneur demeure seul maître à bord
Les micro-entrepreneurs sont, en principe, des travailleurs non salariés véritablement indépendants, par exemple : un prestataire freelance en début d’activité, un créateur, un commerçant à l’activité « informelle » jusque là qui régularise sa situation.
On voit ainsi des infographistes qui se mettent à leur compte pour vivre leur vie professionnelle sans patron, des ingénieurs qui, au sortir de l’université ou après quelques années d’activité salariée, se lancent dans une activité artisanale qui les passionne, des bricoleurs habiles qui ne veulent plus travailler au « black ».
Le micro entrepreneur et son marché : la route est longue pour trouver des clients et avoir activité récurrente. Inscription sur des annuaires, bouche à oreille (efficacité très relative), association professionnelles, ancien patron donnent un premier contrat pour amorcer la pompe.
Un parcours semé d’embûches commence alors pour ces entrepreneurs solitaires et souvent inexpérimentés dont le travail acharné et la débrouillardise ne suffisent pas toujours à pérenniser leur activité à un niveau de rémunération décent.
Heureusement, certaines micro entreprises connaissent la réussite (dans 30 % à 50 % des cas selon que le projet a été accompagné ou non), le chiffre d’affaires se développe et les plus dynamiques passent à la vitesse supérieure en changeant de catégorie (pour devenir des entreprises individuelles le plus souvent) et embauchent leur premier salarié.
Les progrès de l’informatique et la généralisation de l’usage du Smartphone ont démocratisé l’interactivité numérique qui envahit notre vie quotidienne dans les secteurs non marchand, véritablement coopératif, échange, partage, et (beaucoup) dans les prestations commerciales : hébergement, chat commercial de sites de vente e-commerce, enquêtes en ligne etc…
Bon nombre de micro-entrepreneurs ont recours à des plateformes «collaboratives» qui les mettent en relation avec des clients qu’ils ne choisissent pas (et qui ne les choisissent pas). Leur liberté d’action est alors complètement limitée par les règles de fonctionnement et les exigences de la plateforme.
Dans cet univers de l’économie collaborative monétisée, où le troc et la partage sont devenus un business, l’ubérisation touche de très nombreux secteurs : transport de personnes, livraison, restauration, services à la personne, enseignement, tourisme, banque, assurance, marketing conversationnel, services aux entreprises et même industrie du sexe…
L’indépendance du micro entrepreneur est beaucoup plus relative lorsqu’il utilise les technologies numériques d’intermédiation, que ce soit en termes de définition des tarifs (qui peuvent unilatéralement revus à la baisse par la plateforme) ou en termes de liberté d’organisation en particulier du planning de « l’entrepreneur » à qui l’on a fait miroiter une activité à temps choisi. Un temps choisi qui ne l’est pas vraiment tant il lui est dit et redit que les horaires les plus « rentables » sont à telle ou telle heure.
L'abonné prestataire est toujours branché sur la plateforme sait bien que c’est au moment où il y a des clients qu’il doit être disponible s’il veut gagner sa vie. Il faut que la plateforme insiste autant, à tel point que elle va devenir de facto un apporteur d’affaire directif par sa capacité à piloter et/ou filtrer, à sens unique, la relation de l‘entrepreneur vers les clients.
A cette dépendance au jour le jour s’ajoute la crainte de se voir privé de rémunération si la plateforme, très souvent déficitaire, cesse brutalement d’activité comme Take it Easy en juillet 2016.
Avec tout ce qui s'en suit en bref, ces entrepreneurs perdus qui ne maîtrisent pas leur avenir et la perspective de croissance de leur propre activité est hypothétique voire zéro pointé au compteur.
Profits et pertes
L’activité des ces plateformes d'ubérisation permet à des dizaines de milliers de chômeurs, d’étudiants ou de précaires de facturer une vingtaine d’euros par heure (dans le meilleur des cas) ce qui leur permet d’espérer percevoir une rémunération horaire de dix euros une fois toutes les charges déduites.
Pour les entreprises, le recours au micro entrepreneur a l’avantage de faire diminuer ses coûts et surtout les contraintes de passif social d’un contrat de travail.
Cet statut de micro entrepreneur ne sert peut-être donc pas qu’aux entrepreneurs eux-mêmes, mais il est aussi une aubaine pour des sociétés, parfois peu scrupuleuses (dont certaines sont cotées en bourse), qui usent et abusent de ce dispositif pour contourner les règles du travail salarié.
A ce jeu biaisé de qui perd, perd où le micro entrepreneur subit une quasi subordination deux questions sont posées :
- Ces nouveaux circuits, dont la rentabilité est encore un mirage ont-ils tous un avenir dans le contexte économique actuel et le cadre normatif à venir ?
- Dites nous comment la valeur ajoutée peut elle être partagée entre le donneur d’ordre, le client et l’entrepreneur sans que le travail de ce dernier soit disqualifié, sous payé, et contraint à une précarisation permanente ?
Qu’elles soient complètement libres ou dépendantes d’une intermédiation numérique, les micro-entreprises pourront continuer de se développer qu’à la condition que leur activité et le travail des micro entrepreneurs soit synonyme de vie sociale dans une relation client fournisseur saine, donc d’un rapport prestataire plateforme correct et non pas de «tripalium».
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