Dans le Pas-de-Calais, une ancienne cité minière transformée en site culturel


02 septembre 2019 - 85 vues

La Cité des Electriciens réhabilitée. Site de la Cité des Electriciens

Située sur le territoire de l’ancien bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, dans la Communauté d’agglomération de Béthune-Bruay, Artois-Lys Romane – classée au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2012 au titre du « Paysage culturel évolutif et vivant » – la Cité, dite des électriciens – certains attribuent ce nom à ceux des rues qui la traversent : Ampère, Edison, Faraday… – reconvertie en site culturel et touristique, a ouvert ses portes au public en mai 2019, après cinq années de travaux de réhabilitation. Les espaces rénovés l’ont été selon des techniques actuelles et de la manière la plus écologique possible, plus particulièrement pour ce qui les apports supplémentaires de lumière naturelle. La préservation de l’habitat d’origine a présidé aux travaux, notamment en ce qui concerne l’isolation qui a été réalisée à l’intérieur des bâtiments.

Rendue célèbre grâce à quelques scènes du film Bienvenue chez les Ch’tis (2008), réalisé par Dany Boom, qui y ont été tournées, cette cité minière, la plus ancienne du nord de la France, est inscrite aux Monuments historiques depuis 2009. La Cité des électriciens est, avec les fosses 11/19 à Loos-en-Gohelle, 9/9bis à Oignies, d’Aremberg à Wallers et le Centre historique minier de Lewarde, l’un des cinq grands sites miniers du Nord-Pas-de-Calais. Pôles régionaux économiques et culturels, ils ont également une fonction patrimoniale.

Construit entre 1856 et 1861, à la suite de la découverte en 1852 d’un filon dans le petit village de Bruay – 700 habitants à l’origine, quelques 2000 quelques années plus tard, lorsque les fosses numéro 1 (1856) et 2 (1861) sont achevées – ce tout premier coron est conçu sur le modèle des maisons rurales des environs. Sur le terrain d’anciennes carrières de marnes – mélange de calcaire et d’argile utilisé dans la construction – une quarantaine de petites maisons sont érigées, par la Compagnie des mines de Bruay, pour loger ceux qui ne sont encore que des paysans qui travaillent à la mine. Ils se partagent, chaque jour, entre le fond et le lopin de terre qui, jusque-là, les faisaient vivre. De plain-pied, ces logements ne disposent pas de l’eau courante, un luxe très rare à l’époque. Ils comportent, par contre, une cave dans laquelle les familles peuvent entasser le charbon qui leur est accordé par la compagnie, un jardin potager et des chambres nichées sous le toit.

Histoire des mines

Six « barreaux » – alignement de maisons similaires – de la cité ont été réhabilités et se visitent. L’histoire des mines de la région, des origines à la fermeture de la dernière fosse en 1979, y est retracée. Dans le premier, c’est le paysage du bassin minier, avec ses terrils, ses fosses et ses chevalements, mais aussi l’urbanisme – les corons et les grands bureaux – qui sont mis en valeur. Dans le deuxième, transformé en salle d’exposition, sont présentées les matériaux utilisés pour la construction de la cité. Là, dans ce qui était l’une d’une habitation, ont été mises au jour les différentes couches de papiers peints qui, au cours du siècle et demi pendant lequel elle a été habitée – les derniers occupants de la cité ne sont partis qu’en 2012 –, ont été choisis pour garnir les murs par les locataires successifs.

La nuit à la Cité. Site de la Cité des Electriciens

Revisiter le patrimoine

Tous ces anciens logements ont été transformés en bâtiments basse consommation. Les « carins », petites remises qui servaient respectivement de latrine, de poulailler et de buanderie, qui entourent ces maisons ont été revisités par les architectes. Certains d’entre eux ont été aménagés en gîtes pour les visiteurs, mais également en trois résidences pour artistes.

La cité comporte également un hectare et demi de vergers et de jardins. Dans l’un d’entre eux, de petits carrés de potager rappellent, par la diversité de ce qui y est planté, les très nombreuses nationalités – Polonais, travailleurs originaires d’Afrique du Nord et d’ailleurs – qui ont apporté leur concours à l’exploitation du charbon dans la région.

Le jardin potager. Site de la Cité des Electriciens

Tout en contribuant à la préservation de l’architecture industrielle, la Cité des électriciens propose une programmation culturelle variée, comme cette exposition qui se tient dans la maison de l’ingénieur, dans laquelle Thierry Girard présente 50 ans de photos du bassin minier, sous la forme d’un voyage dans le temps.

La Cité s’inscrit au cœur d’un ensemble de vestiges qui témoignent du très riche passé industriel de la région. Les magnifiques fresques en mosaïque de la gare de Lens, réalisées en 1927 par Auguste Labouret, évoquant la mine, les mineurs et le charbon, tout comme l’imposante Maison syndicale de la ville et les grands bureaux des Houillères, maintenant occupés par la Faculté des sciences Jean Perrin de l’Université d’Artois, sans parler du Louvre-Lens.

Diana Cooper-Richet, Chercheur au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines, Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines – Université Paris-Saclay

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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