Propulsé par HelloAsso

Bénin : «… concevoir un guide de psychologie de suivi et de prise en charge des personnes du 3ème âge», Valérie Ahmad-Dansou

20 janvier 2020 à 16h11 - 176 vues

Réalisé par Kolawolé Maxime SANNY

Comme dans la plupart des pays en développement, la population béninoise est composée de trois couches principales : les jeunes, les adultes et les vieillards. Cette dernière couche retient au Bénin, l’attention particulière de Valérie Dansou-Ahmad.

Esthéticienne de formation, elle se consacre depuis trois ans à l’animation de l’Association, Valeur humaine et développement (VHD) dont elle est la présidente-fondatrice. Malgré son temps chargé en cette fin d’année, elle a accepté s’ouvrir a votre site.

Vous êtes la présidente d’une Association qui s’occupe des personnes du 3ème âge. Pourquoi vous focalisez-vous sur cette catégorie d’âge?

Comme vous le savez déjà, je suis la présidente de l’Association : Valeur humaine et de développement (VHD) qui s’occupe des personnes du 3ème âge. Dans notre pays, il s’observe de plus en plus une tendance à les négliger à cause des préoccupations des adultes et des plus jeunes pouvant s’occuper d’elles. Ce qui amène le plus souvent, les uns et les autres à recourir aux services d’une parente du village ou à défaut, d’une fille auprès.

Quelques rares fois, ce sont les enfants qui, de commun accord trouvent à leur père qui est veuf ou divorcé et non remarié, une jeune femme pour s’occuper de lui. Comme vous pouvez le constater, il y a un problème de prise en charge qui se pose. C’est vrai qu’il y a quelques-uns qui sont encore bien actifs et qui s’occupent d’eux-mêmes.

Mais à la longue, les forces finissent par lâcher. L’autre phénomène qu’on ne semble pas bien percevoir et qui fait que ces personnes sont de plus en plus négligées, c’est tout simplement la propension à une forme d’individualisme qui peu à peu, prend le pas sur la socialisation.

Aussi sont-elles exposées à une forme de stigmatisation due aux souffrances psychologiques, et affectives à l’origine de nombreuses conséquences. Tenez, certains éprouvent, compte tenu de leur santé, des difficultés pour leur suivi médical, leur toilette corporelle, vestimentaire et même pour leur alimentation etc.

Il y a d’autres qui, à cause des difficultés de mobilité qu’elles connaissent, n’arrivent pas à accomplir correctement et dans le temps certaines obligations administratives dont un exemple est, le retrait de leur pension de retraite.

Le contexte assez complexe de leur prise en charge étant, elles sont de plus en plus nombreuses tant au plan urbain, que rural à manquer d’affection, d’amour, d’attention et de considération. Et pourtant, elles méritent mieux. Sans elles, nous ne serions pas. Alors, pourquoi ne pourrions-nous pas nous occuper de nos mamies et papis et les célébrer pendant qu’il est encore temps !

Devrions-nous attendre que le pire arrive avant de commencer par nous agiter ? Il s’agit donc pour l’Association VHD, à travers un ensemble d’actions d’attirer l’attention des uns et des autres sur l’importance de leur donner un peu de notre amour, affection et de leur offrir chaque fois que c’est possible, un instant de bonheur. C’est vrai, qu’elles ne sont pas toutes logées à la même enseigne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, nous nous intéressons surtout à celles qui ont le plus besoin de notre regard.

Y a-t-il une raison particulière qui vous a poussé à vous intéresser à eux?

Personnellement, j’ai vécu auprès de mes grands-parents qui ne m’ont pas privé de leur affection, amour, attention et de la satisfaction de mes besoins. Et je ne sais pas si mes propres parents auraient mieux fait. Ils ont été tout simplement pour moi mon père et ma mère.

A leur côté, j’ai découvert qu’ils sont des personnes ressources que nous ne devons pas négliger. Elles ont leur place dans notre vie au quotidien mais aussi pour les questions de développement de la société. Et à ce propos, on ne saurait distinguer entre personnes du 3ème âge de milieu citadin ou rural. Chacune d’elle à sa manière et tant qu’elle est encore dans la force de l’âge, apporte une pierre à l’édification.

Ce n’est pas parce que certains sont à la retraite qu’il faut les exclure de toutes activités et de participation aux efforts de construction du Bénin. Beaucoup d’entre elles regorgent encore de grandes capacités d’actions et sont à la tête d’unités de production de différentes tailles dans différents domaines ou d’établissements scolaires. Elles continuent donc d’être encore actives tout en étant à la retraite.

L’expérience vécue auprès de mes grands-parents et celle d’autres papis et mamies que j’ai personnellement connus ont été déterminants dans ce devoir de reconnaissance morale à leur endroit que j’ai tenu à exprimer à travers l’Association VHD.

Et comme vous le dites si bien, «je suis la petite fille qui donne à ses grands-parents un peu d’amour». Mais en réalité, c’est à nous qu’il revient de les célébrer. Nous autres dans notre position d’enfants, de petits-fils et arrière petits-fils avons le devoir de les respecter et de les célébrer. Nos papis et mamies ne doivent pas être abandonnés car ils ne sont pas des parias. Ils méritent respect et grande considération.

A quelle catégorie de personnes du 3ème âge vous intéressez-vous? Celle rurale ou celle urbaine?

Notre Association ne fait pas de l’exclusion. Elle s’intéresse à toutes les catégories de personnes du 3ème âge tant dans les centres urbains que dans les contrées rurales. Notre credo, c’est de semer la joie dans leurs cœurs mais aussi sensibiliser les personnes qui s’occupent d’elles ou sont appelées à le faire, à agir dans le bon sens et avec amour. A partir d’un certain âge, elles deviennent un peu comme des enfants et sont de plus en plus exigeantes et énervantes si on ne les comprend pas.

A voir tous les cas de figure qui se vivent au jour le jour, on devrait en arriver à concevoir un guide de psychologie de suivi et de prise en charge des personnes du 3ème âge. En effet, avec elles, il faut savoir être patient, attentionné, tolérant, sympathique et surtout être à leur écoute. Il faut savoir avoir à la bouche les bons mots pour les aider à régler un problème.

Bref, il s’agit de créer un lien socio-affectif et psychologique car elles ont besoin d’être mises en confiance et en sécurité. Et sur le terrain du socio-affectif, il n’y a pas de différence. Un vieillard est un vieillard. Ne nous voilons pas la face, nous découvrons avec le temps, que nos pères et mères que nous adulions hier, deviennent subitement des capricieux, à la limite des impotents, des grincheux selon les cas de figure dont il faut s’occuper.

Est- ce que vous envisagez la mise en place d’un hospice?

Oui, nous y pensons sérieusement et cela fait partie de nos priorités. Sa construction est nécessaire par les temps qui courent. Cela nous permettra d’offrir un toit aux papis et mamies qui sont vraiment dans le besoin à voir les conditions de vie difficiles qu’ils connaissent. Il y a également le cas de personnes du 3ème âge qui n’ont pas eu d’enfants ou dont les enfants et petits-fils ne vivent plus ou sont à l’extérieur. Bref notre souci est de pouvoir leur offrir le toit qui leur convient quel que soit le cas. Il y a également celles qui vieillissent mal et qui, incomprises, se voient abandonnées, négligées, maltraitées.

Le projet est déjà conçu. Il reste à le réaliser. Aussi, nous nous y attelons. C’est une question de gros moyens. Et comme nous ne voulons pas faire de l’à peu près, nous prenons toutes les dispositions. En effet, un hospice ne s’arrête pas qu’à la construction du bâtiment et des dépendances. Cela implique également tous les services qui rentrent en compte pour la prise en charge des personnes ciblées.

Votre engagement à leurs côtés n’est plus à démontrer. Mais pourquoi mettez-vous un accent particulier sur l’émission «Les Gardiens du temps» à travers la production de «Court-métrages téléréalités célébrons la vieillesse africaine» ?

Pourquoi l’émission «Les Gardiens du temps» ? Les personnes du 3ème âge sont les gardiens du temps parce qu’elles détiennent beaucoup de secrets. Ce sont des bibliothèques qui ne finissent pas de livrer leurs secrets et mines d’expériences. L’une des raisons justifiant cette initiative, c’est de partager mais surtout de tirer grand profit de leurs expériences. En un mot, les jeunes doivent aller à l’école des vieillards pour apprendre de nombreuses leçons de vie. Ces expériences sont contenues dans des histoires réelles très enrichissantes qui participent à l’éducation de la jeunesse.

Vous savez, j’ai eu la chance de vivre certaines difficultés que connaissent des papis et mamies. Et j’ai eu des larmes aux yeux. Comment imaginez que des adultes et des plus jeunes maltraitent sciemment ces pépés ou/et mémés dont ils sont les descendants directs soit disant qu’ils les fatiguent et allant jusqu’à souhaiter qu’ils meurent vite !

C’est justement le hic qui nous a déterminés à les accompagner autrement. Il s’agit d’une passerelle de partage invitant les jeunes, à travers des productions télévisuelles, à se ressourcer à l’école des vieux qui sont des repères de grande importance. Ne dit-on pas d’ailleurs «qu’un vieux assis regarde plus loin qu’un jeune debout !»

La jeune génération a et aura toujours besoin d’aller à l’école des plus âgés vu leur manque d’expériences dans de nombreux domaines. Des contes et autres activités se rapportant à l’éducation morale et aux bons comportements en société sur la base des vécus et expériences de nos papis et mamies seront télédiffusés.

C’est ainsi que depuis quelques mois, l’Association dispose du département productions de téléfilms par notre chaîne de télévision ‘‘HDS TV- la Chaîne des sages ou encore HDS TV Célébrons la vieillesse africaine’’ qui, par ses productions de court-métrages, dénonce des cas de maltraitance faits aux vieillards. C’est aussi un creuset à dimension éducative. Notre but est de revaloriser la valeur des personnes âgées. Je le disais tantôt, elles sont des personnes ressources qui ont beaucoup à apporter à la jeunesse et qui sont utiles à la société.

Peut-on avoir un point des activités de l’Association ?

Dans le cadre des activités de l’Association, une nouvelle émission intitulée Téléréalités est créée. Le but visé est la célébration d’une personne du 3ème âge par l’Association qui prend en charge tout ce qui se rapporte au festif. La célébration prend fin par une cérémonie de plantation d’arbre par la personne célébrée pour marquer l’évènement.

Et en 2019, nous avons effectivement célébré six papis et mamies dans les conditions décrites plus haut. Il s’agit de leur créer des instants de joie et de bonheur. Cela peut prendre la forme de la célébration d’un anniversaire de naissance ou d’un évènement heureux, d’une petite réjouissance organisée en leur intention juste pour leur dire : «Papi, Mamie, vos enfants ne vous oublient pas». Il vaut mieux les célébrer de leur vivant que d’attendre leur décès pour gaspiller des millions de FCFA pour faire le m’as-tu vu. L’Association passe par ce canal pour inviter les uns et les autres à leur donner de temps à autre, cette joie. Une joie qui n’a pas de prix.

Au niveau de l’Association, nous faisons de notre mieux pour les célébrer. Ne pouvant pas le faire pour tous les vieillards du Bénin, nous avons pris l’option de célébrer une personne du 3ème âge par commune quitte à ce que, cette célébration rentre dans les habitudes et impacte positivement la société. Cette célébration est importante et nécessaire. Pensons-y et je lance un cri de cœur à tous les béninois pour qu’il en soit ainsi.

Pour l’année 2019, l’Association a également porté une assistance à six autres personnes du 3ème âge presqu’en situation d’indigence et à qui, des packs de produits alimentaires contenant divers produits de première nécessité ont été offerts.

Dans le cadre de nos partenariats, nous avons co-organisé avec Tam-Tam d’Afrique, les 50 ans de carrière de Sèna Joy, l’icône de la chanson féminine moderne d’inspiration traditionnelle qu’on ne présente plus.

Nous avons réalisé et diffusé trois téléfilms de sensibilisation sur la prise en charge des personnes du 3ème âge. L’Association a accompagné par un don de fournitures scolaires, l’Association des Etudiants d’Ayomi pour l’organisation des cours de vacances au profit des écoliers et élèves dudit arrondissement.

Pour ses œuvres, l’Association a reçu en 2019, deux distinctions : le trophée de Gnonnou Assouka décerné à la présidente de VHD dans le cadre de l’édition : de Ladiz Fashion Night & Awards 2019 dans la catégorie Espoir en actions sociales et humanitaires. Le second trophée qui lui a été décerné est celui des Oscars des Elites 2019.

Avez-vous un accompagnement du ministère de la famille ou d’autres partenaires ?

En parlant de ministère, vous parlez de l’Etat. Mais l’Etat c’est qui, c’est nous-mêmes ! Nous avons choisi de suivre les pas du feu Président des Etats-Unis, John F. Kennedy qui disait : «…ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays.» Et c’est la philosophie que j’applique à la tête de l’Association VHD.

C’est notre manière d’être utile à notre pays. Nous travaillons sur fonds propres. Mais nous nous préparons, une fois que nous serons prêts, à entrer en partenariat avec le ministère qui selon nous, fait beaucoup pour les personnes âgées et ne néglige pas le volet social.

Quel appel avez-vous à lancer aux jeunes gens pris de cours par leurs occupations quotidiennes au point d’oublier leurs parents ou grands-parents ?

En un mot, je les invite à accorder plus d’importance à la valeur que constitue le genre humain d’abord. Ensuite, il faut que les jeunes comprennent que les richesses matérielles ne peuvent jamais égaler et encore moins remplacer la richesse morale. L’homme est au centre de son propre développement et bonheur.

Le matériel et l’argent y contribuent mais ne peuvent jamais remplacer l’homme. Aucune machine, aucune invention humaine ne peut remplacer la puissance de la chaleur humaine dans ses différentes et insoupçonnées dimensions. Combien coûte un sourire ? Un geste de tendresse et d’affection ? Une assistance ?

Il faudrait savoir organiser son emploi du temps et apprécier à sa juste valeur la richesse incommensurable qu’est l’homme pour comprendre de quoi il s’agit. Avez-vous déjà vu des machines créé de façon spontanée et naturelle une ambiance sociale conviviale comme le font les hommes ? Même les instants de bagarres ? L’homme, c’est l’homme. La machine c’est la machine. C’est l’homme qui a créé ou inventé la machine et non le contraire.

Des suggestions à l’endroit des autorités politiques à divers niveaux ?

Des suggestions ? Que dire ? Que les autorités envisagent par exemple la décentralisation des services relevant du troisième âge dans les communes pour leur éviter les longs, difficiles et parfois périlleux déplacements. Que l’Etat pense à la construction d’un hospice par département et à l’organisation périodique d’une célébration des personnes du 3ème âge mieux que ce qui se fait simplement juste sous forme d’annonce le 1er octobre de chaque année au plan mondial. Que l’Etat puisse les aider dans la prise en charge médicale à peu de frais et dans de nombreux domaines.

Avez-vous aimer cet article ? Des questions ?

Annoncer sur notre Radio

Plutôt mobile ? Ou Alexa ? Téléchargez votre App 

Alexa, mets RadioTamTam
Emmène RadioTamTam partout avec toi avec l’application mobile.

Téléchargez maintenant votre l’App Store, Google Play ou Alexa d'Amazon et vous aurez toutes l’actualités avec vous.

apps Store

Aidez-nous, vous pouvez nous aider financièrement.

Faire un don.jpg (57 KB)

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article