AFRIQUE2050 : La Couverture santé universelle pour toute la planète n'est-elle pas une idée si absurde

16 mars 2021 à 19h43 - 978 vues

Des enfants souffrant de malnutrition pris en charge dans un établissement de santé de N’Djaména, au Tchad. | UTE GRABOWSKY/IMAGO/PHOTOTHEK VIA REUTERS CONNECT

Par Jophiel

La couverture santé universelle à tous les concitoyens est une ambition de l'ONU d'étendre d'ici 2030 paraît aujourd'hui difficilement atteignable comte tenu du retard pris en la matière, principalement sur le territoire africain. Il existe  des stratégiques de financement qui reste économiquement acceptable, comme le montre une étude de chercheurs de l’école d’économie d’Aix – Marseille.

La question qu'on peut se poser, la couverture santé universelle sera-t-elle étendue à tous d’ici 2030, objectif que s’était fixé l’Organisation des Nations unies en 2015 ? « On en est loin », estime l’économiste Bruno Ventelou, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).  Pour mettre le œuvre cet ambitieux projet pour la fin de la décennie, il semble ainsi aujourd’hui illusoire, mais  comme le montre que son financement est pourtant « réalisable » selon l’étude que le chercheur a menée avec ses collègues de l’école d’économie d’Aix – Marseille.

Bruno Ventelou affirme que si la prise en charge des soins s’est améliorée sur presque tous les continents, elle reste problématique en Afrique. Un constat qu’il explique par « un mélange de manque de moyens de financiers et de défaillance des États à mettre en place des décisions de politiques publiques ». Une piste de recherche nous montre l'exemple palestinien

Sameera Awawda et Mohammad Abu-Zaineh sont deux collègues de l’école d’économie d’Aix – Marseille, ils sont eu accès à des bases données palestiniennes suffisamment précises pour mettre au point un modèle de micro-simulation. « Ils précisent  qu'il faut des données relativement fines au niveau de l’individu et qui prennent en compte à la fois des considérations économiques et de santé, ce n’est pas simple à trouver ».

Dans les territoires palestiniens, 65 % des 4,9 millions d’habitants sont couverts par une assurance santé. Les dépenses médicales s’étant élevées à 1,4 million de dollars en 2016, quel serait le prix à payer pour étendre la protection à toute la population ? Une basique règle de trois ne suffit pas à répondre à la question. Les chercheurs expliquent que les personnes non couvertes peuvent être en moins bonne santé que les assurés, plus âgées ou plus jeunes. Pour ne pas impacter les capacités des générations futures à investir dans les politiques publiques, les économistes ont considéré que la dette des territoires palestiniens ne devait pas dépasser 39% du produit intérieur brut. Bruno Ventelou et ses collègues ont réalisé qu'y étendre leur modèle de la couverture santé à tous amènerait la dette à 15 % de plus que ce niveau jugé raisonnable.

C'est-à-dire- combiner différents modes de financement

Quelles sont les autres solutions envisagées ? Le moyen le plus avantageux  comme le montre les chercheurs qu’une combinaison de différents financements paraît le plus cohérent. Ils considèrent que l’objectif devient réalisable avec une augmentation légère de la dette du pays, un zeste d’impôt direct et des taxes sur la consommation qui « pourraient rapporter beaucoup sans que la population n’en pâtisse trop ».

Des impôts directs ou indirects et à des cotisations sont les possibilités de financement se résument en effet à la dette. Cette augmentation de la dette est  politiquement aisé à faire adopter mais décale le paiement sur les générations futures. Une contribution à l’impôt direct se fait en fonction des moyens de chacun mais peut « désinciter le travail ». L’impôt indirect est peu égalitaire dans la mesure où tout le monde y participe de la même manière. Les cotisations permettent de financer une partie du système, enfin il est difficile  d'en augmenter.

« Qui y gagne, qui y perd ? Combien ça coûte à l’État ?»

Les trois économistes ont créé un modèle qui permet ainsi de comparer différents scénarios de financement d’une couverture maladie universelle et de voir « combien ça coûte à l’État, qui y gagne, qui y perd ». Ce modèle a été appliqué ailleurs, après avoir été conçu sur les données des territoires palestiniens.

Il démontre, d’après les économistes, que le financement d’un tel système n’est pas hors de portée : il réclamerait respectivement 26 millions et 67 millions d’euros par an au Mali et au Tchad. À l’époque de l’étude, 23 % de la population bénéficiait d’une couverture maladie au Mali, seulement 2 % au Tchad. L'équipe des chercheurs estiment qu'ainsi grâce à leurs calculs que des primes demandées aux ménages et une imposition sur la consommation pourraient être « efficaces » pour les besoins financiers de la couverture santé universelle dans ces deux pays.

Les dépenses de santé ont « de réels effets positifs sur la macroéconomie des pays africains car les gens retournent au travail et gagnent en productivité », Bruno Ventelou qui insiste aussi sur le fait que si ce n’est pas l’objectif premier. Il est nécessaire que la santé contribue à entretenir les performances économiques d’un pays, la crise sanitaire COVID-19 nous le rappelle.

« L'économiste ajoute : les gouvernements des pays africains ne voient pas forcément ces bénéfices ou n’ont pas confiance en leur système de santé, la communauté internationale, il faut pourtant que qu'il réalise ça. » Car si les auteurs de l’étude soulignent les points positifs et négatifs de chaque approche de financement de la couverture santé universelle, c’est bien le rôle des décideurs politiques de trancher.

Pour faciliter l’accès aux soins, l'agence française du ministère des Affaires étrangères qui organise l'aide au développement, ces travaux de recherche sont suivis de près.

 « On peut donc espérer qu’elle s’en inspire pour orienter sa stratégie », reprend Bruno Ventelou.

D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près d’une personne sur deux dans le monde ne bénéficie pas des services de santé de base en raison d’obstacles financiers. 12 % des concitoyens utilisent au moins 10 % de leur budget pour des soins et quelque 100 millions de personnes basculent chaque année dans la pauvreté à cause de leurs dépenses médicales.

La couverture santé universelle peut « faire la différence entre la survie sur le plan financier et le dénuement le plus total », insiste l’OMS et, « pour de nombreuses personnes », elle représente « littéralement une question de vie ou de mort ».

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