AFRIQUE 2050 Yvonne Mburu : chercheuse et entrepreneuse au service de l’Afrique

25 septembre 2020 à 17h45 - 260 vues

Par RadioTamTam

Spécialiste de l’immunologie et de la cancérologie, la Kényane Yvonne Mburu a créé Nexakili, un réseau de médecins et de scientifiques africains. Elle a aussi profité de sa période de confinement pour étudier l’évolution du coronavirus sur le continent.

Chercheuse avant tout, elle est devenue entrepreneuse « par nécessité ». Yvonne Mburu a 38 ans, elle est née et a grandi au Kenya avant de faire ses études supérieures au Canada puis aux États-Unis. Ses spécialités : l’immunologie et la cancérologie. Elle a ensuite travaillé à Paris, à l’institut Curie, un prestigieux centre de recherche et de traitement du cancer : c’est là qu’elle a appris le français. Et c’est là aussi, il y a huit ans, qu’elle a appris qu’une tante, au Kenya, était atteinte d’un cancer justement. « Ça a été un moment très marqueur, se souvient-elle. Elle avait un cancer du poumon et la question était : qu’est-ce qu’on doit faire ? » La tristesse se double alors d’un cas de conscience : « Elle devait quitter le pays et j’ai trouvé ça vraiment triste. Il y a beaucoup de gens comme moi : si on quitte tous le continent et que la solution est toujours de sortir de son pays pour aller se faire soigner ailleurs, alors rien ne changera jamais ! »

Un Linkedin pour scientifiques africains

Commence alors une réflexion qui aboutira cinq ans plus tard, en 2017, lorsqu’elle décide de fonder Medinafrica, bientôt rebaptisé Nexakili. La chercheuse se mue en entrepreneuse, pour se mettre au service de l’Afrique. « Il y a plein d’experts africains partout dans le monde, sauf que ces experts ne se trouvent pas en Afrique. J’en fais partie ! » Yvonne Mburu a alors l’idée de créer « un Linkedin pour les médecins et les scientifiques africains », mais pas seulement. « La clef, explique la désormais directrice générale, c’est que ce soient des gens qui s’intéressent à l’Afrique. Et l’intérêt, c’est d’abord de relier les Africains qui ont les mêmes centres d’intérêt professionnels. Quand je cherche des gens avec qui collaborer sur un sujet de recherche, c’est très facile de collaborer avec les Américains, les Chinois ou les Australiens, mais ce n’est pas facile de collaborer avec les Africains parce qu’on ne les connaît pas ! »

Un travail de mise en réseau qui doit aussi permettre de mieux faire connaître les travaux scientifiques africains, qui ne représentent que 2 % de la production scientifique mondiale, avec un partage souvent trop réduit. À ce stade, Nexakili n’est pas une entreprise rentable et, pour le moment, Yvonne Mburu vit de son activité de chercheuse… mais elle compte bien inverser la tendance.

Confinement kenyan

Avec Nexakili, Yvonne Mburu entend donc renforcer la collaboration entre scientifiques africains. Une ambition qu’elle a, comme une mise en abyme, elle-même mise en pratique pendant la période de confinement. Lauréate en 2018 du Next Einstein Forum, qui récompense les meilleurs scientifiques africains, Yvonne Mburu se rend à Nairobi pour assister à l’édition 2020. L’événement est finalement annulé à cause de la pandémie de coronavirus, mais la chercheuse décide de rester à Nairobi pour prendre soin de ses parents et notamment de son père, particulièrement exposé. Elle profite également de la période de confinement pour constituer un groupe de travail consacré à la modélisation de l’évolution du coronavirus sur le continent.

« Ça a vraiment demandé que je trouve les meilleurs mathématiciens, scientifiques ou épidémiologues africains intéressés par le contexte africain. Nous avons échangé beaucoup d’informations d’un pays à l’autre, parce qu’au départ, tout ce qu’on voyait en Afrique, c’était : voilà, il y a eu 15 000 morts en Italie jusqu’ici, donc si on fait une projection il y aura 200 000 morts en Afrique… mais enfin, ça n’a rien à voir ! » Son indignation s’exprime par un grand éclat de rire, et sa résolution par un travail acharné : « On a donc très vite constitué un groupe de chercheurs qui s’intéressaient au sujet, et on a commencé à travailler. »

Certains se concentrent sur les diagnostics, d’autres sur l’impact économique du virus ; Yvonne Mburu, elle, s’intéresse donc aux perspectives d’évolution du coronavirus. Elle fait aujourd’hui équipe avec un mathématicien, avec qui elle va accompagner plusieurs pays africains sur le sujet. À ce stade, Yvonne Mburu ne révèle pas encore lesquels.

Conseil présidentiel

Son travail de chercheuse et d’entrepreneuse ne sont pas les seules facettes de son engagement pour le continent. En France, Yvonne Mburu est membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique. Une organisation fondée il y a trois ans par Emmanuel Macron, qui a rassemblé différentes personnalités africaines et de la diaspora - pour la plupart mais pas uniquement - afin de le conseiller sur les relations entre la France et l’Afrique.

Yvonne Mburu, Kenyane résidant en France, a été contactée de la plus simple des manières, par mail. Elle a d’abord été étonnée. Puis elle a décidé d’y aller. « Franchement, c’est une aventure très intéressante, assure-t-elle, en ne négligeant pas de rappeler sa volonté de demeurer indépendante. On nous a dit dès le départ qu’on était libres de notre parole et de continuer nos activités. De toute façon, nous ne sommes pas rémunérés. Je ne vois pas cela comme un soutien politique, explique encore Yvonne Mburu. Il y a de vrais questions de développement : l’éducation, la santé… Il y a aussi des enjeux de mémoire, l’agriculture… L’engagement des pays occidentaux en Afrique doit répondre aux besoins des Africains. Mon intérêt, c’est de faire en sorte que M. Macron soit au courant de ce que les Africains veulent. »

Yvonne Mburu a ainsi participé, pour la coopération française, à l’identification de projets novateurs, en Afrique, dans le domaine de la santé. Hyperactive, elle qui parle déjà cinq langues s’est encore mise à l’espagnol et au japonais, « pour le défi, dit-elle, d’apprendre un nouvel alphabe » ! Son actuel livre de chevet : une biographie de Phil Knight, fondateur de Nike, qu’elle décrit comme « une Bible pour les entrepreneurs. »

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