Franc CFA : stabilité monétaire ou héritage colonial ? Le choix que l’Afrique doit pouvoir faire Actualités africaines 27 septembre 2026
27 septembre 2026 - 14:50 - 61vues
ÉDITORIAL · MONNAIE ET SOUVERAINETÉ Éditorial — Félicité Amaneyâ Râ VINCENT RADIOTAMTAM AFRICAFranc CFA : stabilité monétaire ou héritage colonial ?
Le choix que l’Afrique doit pouvoir faire
La Parole est une Force.
Le franc CFA garantit une certaine stabilité des prix et du taux de change. Mais il soulève une question qui dépasse la monnaie : les États africains disposent-ils des moyens de financer leurs entreprises, de transformer leurs ressources et de décider librement de leur avenir économique ?
Né en 1945, le franc CFA reste utilisé dans quatorze pays : huit en Afrique de l’Ouest et six en Afrique centrale. Derrière ce nom commun se trouvent deux monnaies émises par deux banques centrales distinctes, la BCEAO et la BEAC. Toutes deux sont arrimées à l’euro au taux fixe de 1 euro pour 655,957 francs CFA. (BCEAO)
Le débat mérite mieux qu’un verdict expéditif. La stabilité monétaire compte pour les familles, les entreprises et les États. La souveraineté compte tout autant. Une monnaie doit être jugée à la fois sur la confiance qu’elle inspire et sur ce qu’elle permet de construire.
Que garantit le franc CFA ?
La parité fixe avec l’euro rend le taux de change prévisible. La garantie de convertibilité apportée par la France constitue un autre pilier du dispositif. Pour les défenseurs du franc CFA, ces règles limitent le risque de fortes dépréciations et contribuent à contenir l’inflation. Les travaux du Fonds monétaire international relèvent, en moyenne, une inflation plus faible dans la zone CFA que dans d’autres économies d’Afrique subsaharienne. Cela ne signifie pas que le régime de change explique, à lui seul, toutes les différences économiques. (banque-france.fr)
Cette stabilité a une valeur concrète : une hausse rapide des prix frappe d’abord les ménages les plus modestes. Les entreprises qui importent des équipements ont également besoin de pouvoir anticiper leurs coûts.
Mais des prix relativement stables ne suffisent pas à créer des emplois industriels, à élargir l’accès au crédit ou à transformer les matières premières sur place. C’est ici que commence la critique du franc CFA.
Pourquoi la souveraineté monétaire reste-t-elle en débat ?
Avec une parité fixe, la BCEAO et la BEAC doivent tenir compte de la défense du taux de change et du niveau des réserves. Cette contrainte réduit leur marge de manœuvre lorsque les économies de leurs États membres ont besoin d’autres réponses. Elle ne signifie pas que les banques centrales africaines sont dépourvues de décisions propres : la BEAC, par exemple, définit et conduit la politique monétaire de la CEMAC. (beac.int)
L’argument selon lequel le franc CFA serait toujours surévalué demande aussi de la prudence. La compétitivité varie selon les pays, les secteurs, les coûts de production et les périodes. L’accès difficile des petites entreprises au crédit ne peut pas davantage être attribué à la seule parité avec l’euro.
La question politique demeure néanmoins entière : qui fixe les règles, qui peut les modifier et au service de quelles priorités ? Pour une partie de l’opinion africaine, l’origine coloniale du franc CFA et le maintien d’une garantie française portent une charge symbolique que les résultats économiques ne peuvent effacer.
Afrique de l’Ouest et Afrique centrale : des situations à distinguer
Une confusion revient souvent dans ce débat : affirmer que toutes les banques centrales de la zone CFA doivent encore déposer la moitié de leurs réserves au Trésor français.
Ce n’est plus le cas pour l’Afrique de l’Ouest. La réforme engagée en 2019 a supprimé le compte d’opérations de la BCEAO auprès du Trésor français et mis fin à la présence ordinaire de représentants français dans ses instances. La parité fixe et la garantie de convertibilité ont été conservées. En Afrique centrale, le cadre de coopération de la BEAC est distinct : les deux zones ne doivent donc pas être présentées comme si elles avaient connu la même réforme. (banque-france.fr)
Cette distinction change la qualité du débat. On peut juger la réforme ouest-africaine insuffisante. On doit toutefois reconnaître les changements déjà intervenus pour mesurer précisément ce qui reste à décider.
L’Eco peut-il changer la donne ?
Le projet Eco vise une monnaie unique ouest-africaine. La CEDEAO maintient un objectif de lancement en 2027 et examinait encore, en septembre 2026, les progrès accomplis vers cette échéance. Il s’agit d’un objectif annoncé, et non d’une mise en circulation acquise. (ecowas.int)
Changer le nom d’une monnaie ne réglera pas, à lui seul, les difficultés de financement ou de production. Si l’Eco voit le jour, ses effets dépendront de ses règles : régime de change, gouvernance de la banque centrale, discipline budgétaire, solidarité entre États et capacité à soutenir les échanges régionaux.
Et l’aide étrangère dans tout cela ?
Le franc CFA et l’aide étrangère sont deux sujets différents, mais ils rejoignent une même interrogation : comment sortir d’un développement dont les décisions et les financements dépendent trop souvent de l’extérieur ?
Dire que toute aide est conçue pour maintenir l’Afrique dans une « mentalité de mendiant » attribuerait une intention unique à des acteurs et à des programmes très divers. En revanche, l’aide mérite une critique ferme lorsqu’elle installe des projets impossibles à poursuivre sans financement extérieur, contourne les compétences locales ou ne rend pas de comptes aux populations concernées.
Une coopération utile devrait renforcer la capacité des pays à financer leurs services publics, former leurs chercheurs et leurs techniciens, développer leurs entreprises et maîtriser leurs choix. La dignité économique ne se mesure pas au refus de toute coopération : elle se mesure à la liberté d’en fixer les conditions.
Franc CFA : solution ou relique coloniale ?
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Ce que ses défenseurs mettent en avant |
Ce que ses critiques demandent d’examiner |
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Un taux de change prévisible et une inflation généralement contenue |
Une marge de manœuvre monétaire limitée par la parité fixe |
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Une garantie de convertibilité |
La place durable de la France dans le dispositif |
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Une monnaie commune au sein de chacune des deux zones |
La capacité réelle de chaque zone à financer sa transformation économique |
Le franc CFA n’est ni une explication unique des difficultés africaines ni une réponse suffisante à leurs besoins. Sa stabilité peut protéger. Elle doit aussi être évaluée à l’aune de l’emploi, du crédit productif et de l’industrialisation.
La véritable souveraineté monétaire sera celle qui permettra aux peuples africains de choisir leurs règles en connaissance de cause, de les contrôler démocratiquement et d’en tirer des résultats visibles dans leur vie quotidienne. Une monnaie, quelle que soit son appellation, doit servir ce projet.
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