ECONOMIE POLITIQUE Covid-19 : comment éviter la déferlante du chômage ?

14 décembre 2020 à 19h12 - 447 vues

Par RadioTamTam

Alors que le gouvernement était en train de gagner la bataille de l’emploi, le virus est venu annihiler tous ses efforts. Heureusement, il lui reste des armes pour contenir la marée.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, qui va être très douloureux vous l’imaginez, prenons une seconde de bon temps. Il y a quelques mois encore, notre pays était en train de faire des miracles sur le front de l’emploi. La machine à jobs tournait à plein régime, 700.000 postes avaient été créés en quatre ans, le taux de chômage était revenu à 7,9% en métropole – le meilleur résultat depuis douze ans – la main-d’œuvre commençait à manquer dans de nombreux secteurs, en particulier dans l’encadrement, et, à la grande surprise des observateurs, tout laissait penser qu’Emmanuel Macron allait tenir sa promesse de ramener notre taux de chômage à 7% à la fin de son quinquennat. La politique de l’offre menée depuis quatre ans – baisse des charges et flexibilisation du marché du travail – donnait des résultats au-delà de toute espérance.

Hélas! Il aura suffi d’une petite poussière d’ADN pour faire caler ce beau moteur. Nokia, Renault, Auchan, Bridgestone, Airbus, Beneteau, Latécoère, Collins Aerospace, Alinea, La Halle, Camaïeu, TUI France, NextRadioTV, Valeo et tant d’autres encore… Depuis l’été, plans sociaux, fermetures d’usines et annonces de suppressions de postes se succèdent à un rythme effrayant, des secteurs entiers comme la restauration, l’hôtellerie, le tourisme, l’aérien ou l’événementiel sont au seuil de l’apoplexie et les agences de Pôle emploi croulent sous les nouveaux arrivants, y compris dans les régions traditionnellement épargnées, comme la Vendée.

Au total, l’Insee prévoit qu’au moins 840.000 emplois devraient être détruits en 2020, mais d’autres observateurs se montrent plus pessimistes encore. Les experts d’Euler Hermes, par exemple, estiment que 1 million de postes pourraient être rayés de la carte d’ici décembre. Jamais, de mémoire de conjoncturiste, la France n’avait eu à subir une telle saignée en si peu de temps! Dans ces conditions, le taux de chômage pourrait remonter à 11% au premier semestre 2021, selon les calculs de la Banque de France, pas tout à fait le pire niveau de notre histoire, mais pas loin. Le plus désespérant, c’est que cette prévision a été faite avant que l’épidémie ne regagne du terrain et qu'un nouveau confinement ne soit mis en place pour tenter de l’endiguer. Il est donc tout à fait possible que ce chiffre soit encore revu à la hausse…

Pas étonnant que l’emploi et la lutte contre le chômage, qui préoccupaient moins les Français ces derniers temps, soient redevenus leur priorité absolue, selon un récent sondage Viavoice. «Dans un premier temps, ce sont surtout les postes précaires, comme les CDD ou les missions d’intérim qui ont été détruits, analyse Emmanuel Jessua, directeur des études de l’institut Rexecode. Mais désormais, les salariés en CDI commencent à être frappés à leur tour, et ces personnes ont moins l’habitude de se retrouver dans cette situation: le ressenti social risque donc d’être encore plus dur.»

On ne pourra reprocher aux pouvoirs publics d’être restés les bras croisés face à ce désastre: depuis le début du confinement, le gouvernement a déversé plus de milliards pour essayer de sauvegarder l’emploi qu’aucun autre gouvernement de la planète. Entre le dispositif exceptionnel de chômage partiel, les fonds débloqués pour soutenir les indépendants, le report (parfois l’annulation pure et simple) du paiement des charges sociales, les mécanismes de garantie de prêts bancaires pour les entreprises et les plans de soutien spécifiques aux secteurs les plus touchés, l’addition se compte déjà en dizaines de milliards – dont on ignore d’ailleurs comment ils seront financés. «Ces politiques publiques ont permis d’éviter le pire, résume Arno Fontaine, économiste membre du think tank BSI Economics. Sans elles, les destructions d’emplois auraient été encore bien plus considérables.» Mais, bien que Bercy ait décidé d’en maintenir un certain nombre jusqu’à la fin de l’année – et même de les renforcer avec le nouveau dispositif de chômage partiel APLD, auxquels sont consacrés 7 milliards d’euros –, ces garrots temporaires ne suffiront pas à endiguer l’hémorragie qui se profile.

D’abord parce qu’un certain nombre de sociétés, maintenues artificiellement en vie par ces dispositions temporaires, ne pourront pas l’être éternellement: le jour où on débranchera le respirateur, beaucoup n’auront d’autre choix que de mettre la clé sous la porte. «Avec ces mesures hyperprotectrices, nous avons créé une montagne d’entreprises zombies qui finiront par s’effondrer», confirme Patrick Artus, chef économiste chez Natixis. Et puis parce que la reprise anticipée l’année prochaine ne sera pas suffisante pour effacer le trou d’air de 2020. Selon Bercy, la croissance ne devrait en effet pas dépasser 6% en 2021, alors que la baisse d’activité enregistrée cette année frôlera sans doute les 9% (et même les 11% d’après la prévision officielle du gouvernement). Du coup, il faudra patienter jusqu’en 2022 pour que notre pays retrouve son niveau de PIB de 2019. Et comme, entre-temps, la population active aura gonflé d’environ 120.000 personnes, et que la productivité aura elle aussi progressé, de 1 à 2%, cette remise à zéro des compteurs ne suffira pas pour ramener notre taux de chômage à son niveau d’avant Covid.

Le plan de relance de 100 milliards d’euros annoncé au mois de septembre permettra-t-il de faire mentir ces sombres perspectives? C’est peu probable. Si l’on additionne la baisse des impôts de production (20 milliards d’euros sur deux ans), les subventions à l’innovation, les aides à la relocalisation, la prime à l’embauche des plus jeunes et les différentes formes de soutien aux fonds propres, le coup de pouce direct de l’Etat aux entreprises va certes dépasser les 35 milliards d’euros, et même les 40 milliards si l’on inclut le dispositif APLD. Mais même si ces mesures sont pérennes, elles ne permettront de compenser que très partiellement les immenses besoins des sociétés affaiblies par la crise sanitaire. «La baisse des impôts de production ne réduira que d’un tiers l’écart entre la France et la moyenne européenne, il aurait fallu faire beaucoup plus», soupire Philippe d’Ornano, coprésident du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti) et P-DG de Sisley.

Le deuxième point clé du plan de relance, l’investissement de 30 milliards d’euros dans la transition écologique (rénovation énergétique, filière hydrogène, etc.) pourrait lui aussi générer des déceptions. Sur le papier, bien sûr, personne n’y trouvera rien à redire, puisqu’il est censé allier la préservation de la planète et la sauvegarde de l’emploi. Seulement, dans les faits, l’efficacité risque de ne pas être au rendez-vous. «Tout dépendra de la manière dont la tuyauterie va suivre», souligne Gilbert Cette, professeur d’économie à l’université d’Aix-Marseille. Prenons l’exemple des moyens mis en place pour stimuler la rénovation thermique des bâtiments. A priori, il s’agit d’une très bonne idée, car cette activité est gourmande en main-d’œuvre. Elle pourrait donc permettre d’absorber une partie des salariés chassés des secteurs durement et durablement frappés par la crise, comme l’aérien.

Mais encore faudrait-il pour cela que ces travailleurs puissent être rapidement formés à leur nouveau job. Or, au pays des complications administratives, rien ne dit que cela se fera facilement. «Même si la réforme Pénicaud a simplifié le système de formation, il faudrait une très grande réactivité, qui me paraît peu probable aujourd’hui, pour réussir à reconvertir massivement les chômeurs», assène Patrick Artus. «Les moyens investis dans la formation pour les salariés en reconversion me paraissent peu élevés», observe de son côté Bertrand Martinot, économiste associé à l’Institut Montaigne.

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