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1. Les acquis de la réforme de Tinubu se heurtent à une pression publique croissant
Alors que Bola Ahmed Tinubu approche de ses trois ans au pouvoir, son programme de réformes ambitieux redessine le paysage économique et politique du Nigeria, avec des résultats mitigés. En supprimant les subventions sur les carburants et en unifiant les taux de change, son gouvernement a obtenu un soutien prudent de la part des investisseurs et a stimulé les recettes publiques, renforçant ainsi son influence sur les marchés internationaux. Cependant, les Nigérians ordinaires en subissent les conséquences : le coût de la vie augmente, la confiance du public s'érode et le capital politique national s'affaiblit. Si les partenaires internationaux sont de plus en plus confiants dans la trajectoire des réformes au Nigeria, les citoyens et les petites entreprises restent sous pression. Les mois à venir permettront de déterminer si les gains macroéconomiques se traduisent par un soulagement concret et si la stratégie risquée de Tinubu garantit une stabilité à long terme ou, au contraire, exacerbe le mécontentement populaire.
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2. L'Afrique du Sud nomme un envoyé discret à Washington
L'Afrique du Sud fait preuve de prudence à Washington en nommant le diplomate de carrière Thabo Thage chef de mission par intérim plutôt que de risquer un nouveau refus de nomination d'ambassadeur. Cette décision prudente fait suite à une période tumultueuse : l'ancien ambassadeur, Ebrahim Rasool, a été expulsé après avoir qualifié Trump de suprémaciste blanc, et le candidat suivant a été catégoriquement rejeté par Washington. Malgré son statut d'intérimaire, Thage peut négocier et signer des accords, ce qui confère à Pretoria une capacité diplomatique opérationnelle sans avoir à mener une bataille de confirmation à haut risque. Si cela permet à l'Afrique du Sud de maintenir une continuité diplomatique, l'absence d'un ambassadeur pleinement habilité à représenter ses intérêts entraînera sans aucun doute une certaine perte d'influence. Néanmoins, cette approche délibérément discrète pourrait aider Pretoria à traverser le mandat de Trump sans rupture permanente, préservant ainsi une relation qui perdurera au-delà de toute administration.
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3. Les rebelles du M23 se retirent de leurs positions clés dans l'est du Congo
Les rebelles du M23 se sont retirés de plusieurs villages de la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, abandonnant les positions qu'ils occupaient depuis plus d'un an. Les autorités régionales attribuent ce retrait à la mise en œuvre des accords de paix négociés par les États-Unis et signés par les présidents congolais et rwandais en décembre dernier. Cependant, la situation sécuritaire demeure instable, les affrontements persistants et les accusations mutuelles laissant penser qu'aucun des deux camps ne cède pleinement du terrain. Néanmoins, cette évolution offre aux civils congolais déplacés un répit face à la violence et la possibilité d'un retour en toute sécurité dans les territoires récemment libérés. La situation est inverse pour les factions militantes radicales, qui risquent de perdre leur élan opérationnel si elles sont contraintes de respecter le cessez-le-feu supervisé internationalement. Toutefois, si ce retrait se maintient, il pourrait jeter les bases nécessaires à la résolution définitive de l'un des conflits par procuration les plus dévastateurs d'Afrique.
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4. La coalition d'opposition nigériane se renforce en vue des élections de 2027.
L'opposition nigériane gagne du terrain à l'approche des élections de 2027, avec l'adhésion de l'ancien gouverneur de Kano, Rabiu Musa Kwankwaso, au Congrès démocratique africain (ADC). Ce ralliement réunit sous une même bannière trois des plus redoutables rivaux du président Bola Tinubu, dont l'ancien vice-président Atiku Abubakar et l'ancien gouverneur Peter Obi. Il renforce également la base de la coalition dans le nord du pays et lui confère un poids politique accru, Kwankwaso apportant son mouvement Kwankwasiyya et un important bloc électoral musulman du nord, potentiellement décisif au niveau national. Cette évolution signifie que le président Tinubu affrontera une opposition unifiée lors des élections de 2027. Elle signifie également que les partis d'opposition divisés, tels que le Parti travailliste et le Parti démocratique populaire (PDP), risquent de perdre toute influence politique. Le plus grand défi de la coalition reste cependant à relever : désigner un candidat unique à la présidence. Ce choix déterminera si l'alliance permettra un véritable changement ou si elle s'effondrera sous le poids d'ambitions concurrentes.
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5. Un chef de guerre libyen pourrait enfreindre l'embargo de l'ONU sur les armes
Des images satellites suggèrent que le chef militaire de l'est libyen, Khalifa Haftar, s'est procuré des drones de combat sophistiqués malgré l'embargo sur les armes imposé par l'ONU. Les analystes ayant examiné ces images ont identifié ce qui semble être un Feilong-1 de fabrication chinoise et deux Bayraktar TB2 de fabrication turque, stationnés sur la base aérienne d'Al Khadim, dans le désert. L'Armée nationale libyenne (ANL) de Haftar ne disposant pas de l'expertise technique nécessaire pour utiliser ces systèmes avancés, de sérieuses questions se posent quant à l'identité des fournisseurs et des pilotes. Grâce à cet équipement, le gouvernement de l'est de la Libye renforce sa dissuasion militaire et son pouvoir de négociation dans les pourparlers sur l'unité nationale libyenne, tandis que le gouvernement rival de Tripoli risque de perdre son influence stratégique. De plus, une telle situation sape l'autorité des Nations Unies, car elle signifie que l'embargo sur les armes en vigueur depuis dix ans a été bafoué. Parallèlement, l'afflux incontrôlé d'armements de haute technologie dans le paysage politique libyen fracturé nuit aux négociations de paix et fait du pays un champ de bataille par procuration fortement militarisé pour les puissances étrangères.
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6. La fuite de Bobi Wine d'Ouganda révèle les dilemmes de l'opposition
La fuite de Bobi Wine d'Ouganda après les élections de 2026 souligne la pression croissante exercée sur l'opposition politique sous le régime de Yoweri Museveni. Si cette fuite élimine le principal opposant politique au régime, elle a également mis en lumière des tensions internes au sein des structures étatiques, notamment quant à la gestion de la dissidence. D'une part, Muhoozi Kainerugaba, fils de Museveni et chef d'état-major des forces armées ougandaises, a publiquement menacé Wine de mort. D'autre part, des sources du renseignement indiquent que d'autres hauts responsables de l'État ont secrètement facilité sa fuite. Dans ce contexte, l'opposition ougandaise risque de perdre sa crédibilité auprès de la population, le départ de Wine à l'étranger renforçant le sentiment d'éloignement de ses partisans. Ce changement de donne redistribué le pouvoir vers l'État, lui permettant de consolider son emprise sur la vie politique du pays. En définitive, cet épisode soulève des questions fondamentales : un véritable changement politique est-il possible au sein du système ougandais, si contraignant ? Les stratégies de l'opposition doivent-elles évoluer ?
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7. La Russie accélère ses livraisons d'armes à Madagascar
La Russie ne perd pas de temps pour consolider sa présence militaire à Madagascar. La junte du président Mikhaïl Randrianirina, au pouvoir depuis cinq mois, a reçu cette semaine une nouvelle livraison de véhicules blindés, d'armes légères, de munitions et d'uniformes russes. Depuis que Randrianirina a renversé le précédent gouvernement malgache en octobre, la Russie a agi avec une rapidité remarquable pour renforcer ses liens, déployant du personnel militaire en décembre, fournissant des hélicoptères après le cyclone de février et livrant désormais du matériel lourd. Cette stratégie semble porter ses fruits, puisque Randrianirina a rompu avec la tradition lors d'un récent voyage à l'étranger, choisissant de se rendre à Moscou avant de visiter Paris. Le partenariat entre Antananarivo et Moscou est sans aucun doute mutuellement avantageux : il offre à la Russie un point d'appui stratégique dans l'océan Indien et fournit à la junte malgache les moyens de consolider son pouvoir. En revanche, la France et ses alliés occidentaux perdent leur suprématie historique en matière de sécurité sur l'île. À terme, ce partenariat croissant pourrait redessiner les rapports de force régionaux, ancrant davantage la Russie dans les affaires de sécurité africaines.
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8. Les armées du Sahel surpassent les militants en matière de massacres de civils
Un nouveau rapport accablant révèle que les forces gouvernementales du Burkina Faso et du Mali tuent des civils à un rythme bien supérieur à celui des groupes djihadistes qu'elles prétendent combattre. Human Rights Watch a recensé 1 255 décès de civils imputables aux forces burkinabè entre 2023 et 2025, soit plus du double du nombre de victimes des militants. Au Mali, l'armée et ses partenaires russes de Wagner/Africa Corps ont tué près de quatre fois plus de civils que de djihadistes pour la seule année 2025, les frappes de drones passant de quatre incidents en 2022 à 66 en 2025. Cette situation confère une légitimité politique et un afflux de nouvelles recrues à des groupes djihadistes comme le JNIM, leur permettant de se présenter comme les protecteurs des communautés marginalisées confrontées à la violence d'État. À l'inverse, les gouvernements sahéliens perdent la confiance de leurs populations et voient s'amenuiser leurs perspectives d'amélioration des relations diplomatiques avec les pays occidentaux. À long terme, ces tactiques de contre-insurrection extrajudiciaires s'avèrent fondamentalement contre-productives, alimentant des insurrections sans fin et faisant du Sahel un foyer de terrorisme mondial hautement déstabilisé.
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9. Le président nigérien détenu arrive au terme de son mandat
Le Niger entre dans une nouvelle phase d'incertitude alors que le mandat présidentiel de l'ancien président Mohamed Bazoum arrive à échéance, tandis que ce dernier demeure détenu par la junte dirigée par Abdourahamane Tiani. Emprisonné depuis le coup d'État de juillet 2023, Bazoum refuse de démissionner et la junte ne montre aucune intention de le libérer ni de le juger. Dirigée par le général Abdourahamane Tiani, la junte a également suspendu la constitution et adopté une nouvelle charte prolongeant son pouvoir de cinq ans, renouvelable. Parallèlement, les avocats de Bazoum soutiennent que son mandat ne peut légalement prendre fin, le coup d'État l'ayant empêché de gouverner. La détention prolongée de Bazoum banalise la détention indéfinie de dirigeants démocratiquement élus, sapant gravement les normes démocratiques et renforçant l'autoritarisme au Sahel.
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10. Le Sénégal double les peines de prison pour homosexualité
Le Sénégal a durci sa position sur les droits des personnes LGBTQ+ après la signature par le président Bassirou Diomaye Faye d'une loi doublant les peines de prison pour les relations homosexuelles, les portant à dix ans, et assortie d'amendes pouvant atteindre environ 17 609 dollars. Cette mesure, approuvée à une large majorité par le Parlement, témoigne d'un fort soutien politique national et concrétise des promesses de campagne, renforçant ainsi la position du gouvernement auprès des électorats conservateurs et religieux. Toutefois, elle accroît les risques pour les personnes LGBTQ+ et les associations de défense de leurs droits, qui font désormais face à des sanctions plus sévères et à une surveillance accrue. La loi renforce également le pouvoir de l'État, lui permettant de contrôler à la fois les comportements et les expressions. À plus long terme, elle risque de nuire à la réputation internationale du Sénégal et de compliquer ses relations avec ses partenaires internationaux, même si elle consolide le soutien populaire.
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