Par Félicité Amaneyâ Râ VINCENT
Journaliste indépendante – Éditorialiste
Fondatrice de RADIOTAMTAM AFRICA
Le Gabon a choisi de répondre vite.
Le 30 avril 2026, le Conseil des ministres adopte un projet de décret visant à encadrer strictement l’accès, l’exploitation et la commercialisation de l’Iboga, plante sacrée au cœur des traditions spirituelles du pays.
Cette décision intervient dans un contexte de tension internationale, amplifié par un décret signé par Donald Trump facilitant l’accès à certaines substances psychédéliques, dont l’ibogaïne, dans un cadre thérapeutique.
Face au risque de captation externe de ses ressources et de ses savoirs traditionnels, l’État gabonais affirme une ligne claire :
â¡ï¸ L’Iboga devient un patrimoine stratégique national
â¡ï¸ Son exploitation est soumise à autorisation
â¡ï¸ Les savoirs traditionnels doivent être protégés
â¡ï¸ Un mécanisme de partage des bénéfices est instauré
Sur le plan juridique, l’architecture est cohérente.
Elle s’inscrit dans le cadre du Protocole de Nagoya, qui vise à garantir un accès équitable aux ressources génétiques et aux bénéfices qui en découlent.
Mais une question fondamentale demeure :
le droit suffit-il à produire de la souveraineté ?
L’erreur stratégique du dispositif actuel est structurelle.
Le Gabon tente de réguler un espace qu’il ne maîtrise pas totalement :
sa forêt.
A LIRE LA SUITE :
Or, la forêt gabonaise n’est pas un territoire abstrait.
C’est un espace vivant, traversé par des flux informels, des réseaux économiques parallèles et des acteurs déjà implantés.
Dans ce contexte :
Autrement dit :
la norme juridique ne produit pas automatiquement l’effectivité politique.
Sans présence opérationnelle sur le terrain, le décret risque de produire un effet inverse :
â¡ï¸ légitimer une façade réglementaire
â¡ï¸ tout en laissant prospérer des pratiques incontrôlées
Le cœur du problème est économique, pas seulement juridique.
Aujourd’hui, la valeur de l’Iboga ne se crée pas au Gabon.
Elle se capte ailleurs.
Extraction locale.
Transformation externe.
Valorisation scientifique internationale.
Ce schéma reproduit un modèle bien connu :
â¡ï¸ exportation de matière brute
â¡ï¸ importation de valeur ajoutée
Et donc :
â¡ï¸ dépendance structurelle
â¡ï¸ perte de souveraineté économique
Tant que le Gabon ne contrôle pas la chaîne de valeur complète, le décret restera un instrument défensif, et non une stratégie offensive.
L’angle mort du dispositif actuel est social.
Des milliers de jeunes gabonais sont aujourd’hui sans emploi, sans intégration économique réelle dans les filières stratégiques.
Pourtant, ils pourraient constituer :
En parallèle, les communautés détentrices des savoirs traditionnels restent marginalisées dans les mécanismes concrets de décision et de redistribution.
Le principe de “partage équitable” est affiché.
Mais sans transparence ni mécanisme opérationnel, il reste théorique.
Or, sans inclusion :
â¡ï¸ pas d’adhésion
â¡ï¸ pas de contrôle durable
â¡ï¸ pas de légitimité
Si le Gabon veut transformer l’Iboga en levier stratégique, trois ruptures s’imposent :
Créer des brigades mixtes :
État + forces de sécurité + communautés locales
Objectif :
â¡ï¸ contrôle réel des zones d’exploitation
â¡ï¸ lutte contre les circuits illégaux
Passer d’une logique d’extraction à une logique de transformation :
â¡ï¸ laboratoires nationaux
â¡ï¸ transformation locale de l’ibogaïne
â¡ï¸ partenariats scientifiques encadrés
La souveraineté commence là où la valeur est créée.
Mettre en place :
â¡ï¸ traçabilité numérique des flux
â¡ï¸ fonds souverain auditable
â¡ï¸ redistribution mesurable aux communautés
Sans transparence :
il n’y a ni équité… ni crédibilité.
Ce débat dépasse largement le Gabon.
L’Iboga pose une question centrale pour toute l’Afrique :
qui contrôle réellement ses ressources stratégiques ?
Entre pressions internationales, avancées scientifiques et faiblesses institutionnelles, le continent se trouve à un carrefour.
Deux trajectoires sont possibles :
â¡ï¸ subir une nouvelle vague d’extraction déguisée
â¡ï¸ ou construire des modèles souverains, intégrés et inclusifs
Le Gabon a posé un acte politique fort.
Mais un décret n’est qu’un début.
La souveraineté ne se proclame pas.
Elle s’organise.
Elle se finance.
Elle se contrôle.
L’Iboga n’est pas seulement une ressource.
C’est un test de maturité stratégique.
Et dans ce test…
ce n’est pas la loi qui fera la différence.
C’est la capacité à agir.
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