â Par Félicité Amaneyâ Râ VINCENT
C’est désormais officiel : Brice Clotaire Oligui Nguema, général devenu président, a été élu avec 90,35 % des suffrages à l’issue de l’élection présidentielle du 12 avril 2025. Une victoire écrasante, saluée comme un « plébiscite populaire »… ou un écho résonnant des urnes militaires. Un chiffre qui impressionne, autant qu’il interroge.
Après 19 mois de transition entamés par le coup d’État du 30 août 2023, le Gabon tourne la page Bongo. Enfin, en apparence.
Brice Clotaire Oligui Nguema, militaire de carrière, petit-fils politique du régime Bongo, a su manœuvrer dans l’ombre avant de s’imposer à la lumière. Formé à Meknès, il fut aide de camp d’Omar Bongo, discret mais observateur, jusqu’au dernier souffle du patriarche. De l’héritage, il a gardé le sens du symbole, de la mise en scène et de l’unité de façade.
Il est aujourd’hui décrit comme « travailleur », « proche du peuple », mais aussi, selon certains, peu friand de la contradiction.
Si le président-candidat promettait une nouvelle ère, la campagne ultra-rapide de 13 jours, les barons recyclés du PDG dans son entourage, et les grands chantiers de propagande (aéroports, routes, compagnies aériennes…) rappellent à beaucoup un air connu.
À sa décharge, l’homme a du style. Il nourrit des agneaux, danse dans les villages, cite les héros nationaux et rend hommage à Charles N’Tchoréré et au désengagement militaire français. Mais derrière l’image, la structure du pouvoir demeure inchangée, tout comme la logique du culte de la personnalité.
Le Rassemblement des Bâtisseurs (C’BON) a tenu bon. La réforme constitutionnelle adoptée par référendum en 2024 a écarté des figures politiques de poids, facilitant une compétition « équilibrée » comme une partie de dominos truquée.
En dépit des 7 candidats restants, aucune figure n’a réellement émergé pour contrer le rouleau compresseur Oligui.
Si la foule acclame un « libérateur », les critiques soulignent des zones d’ombre, notamment les révélations de l’OCCRP sur des biens immobiliers achetés en liquide aux États-Unis entre 2015 et 2018, pour plusieurs millions de dollars.
Dans une atmosphère de « réconciliation nationale » où les anciens ennemis du régime se retrouvent main dans la main, nombreux sont ceux qui voient une opération de maquillage plus qu’une mue démocratique.
« Obtenir 90,35 % des voix, ce n’est pas une victoire… c’est un silence collectif sur fond de tambour militaire. »
Brice Clotaire Oligui Nguema est désormais président élu pour un mandat de sept ans, renouvelable une seule fois. Mais dans un pays où les institutions restent fragiles et les réformes timides, le peuple attend bien plus qu’un score record : il attend des résultats.
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