Alors qu’en temps normal, même les militants les plus scandaleux hésitent à suivre la loi de Godwin consistant à faire des comparaisons avec l’ère Hitler et Mussolini, ils n’ont pas tardé à qualifier la nouvelle Dame de fer italienne de fasciste. Comme une poupée enveloppée dans la flamme tricolore si chère aux nostalgiques de Benito Mussolini, le parti Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni a émergé de l’Alleanza Nazionale de Gianfranco Fini, elle-même enfant du Mouvement social italien, et qui est elle-même une résurgence de la dictature du Duce.
Bien que les observateurs attendent que le nouveau gouvernement italien soit formé et que ses premières mesures soient introduites pour décider s’il incarne le fascisme post (ou néo), il ne fait aucun doute que la question migratoire sera un défi éminemment symbolique. La botte italienne inférieure et la Sicile sont en effet situées particulièrement près de la côte africaine, en particulier de la Libye et de la Tunisie.
Internationale souverainiste
Un haut responsable du parti Fratelli d’Italia a déjà mis en garde contre la « substitution ethnique » – une autre façon de dire « le grand remplacement » – et l’accent sera mis sur la garantie d’un taux de natalité italo-italien. Si la coalition dans laquelle meloni opère lui donne carte blanche, elle tentera de rendre plus difficile l’obtention de la citoyenneté italienne et la lutte contre l’immigration illégale, en réservant les fonds destinés à la coopération Nord-Sud pour ces questions et en exigeant que les ports italiens refusent d’accueillir des bateaux qui ont secouru des migrants en Méditerranée.
Membre fondateur de la CEE, devenue l’Union européenne, l’Italie, désormais souverainiste, devra mettre de l’eau dans son chianti. Certes, les projets visant à introduire des blocus navals et des hotspots conçus pour trier les réfugiés candidats à l’exil dès qu’ils atteignent l’Afrique ne sont pas nouveaux au sein de l’UE.
L’Italie, soucieuse de diversifier ses sources d’énergie, fera sans doute de son mieux pour éviter d’offenser des pays comme l’Algérie, qui est sur le point de devenir son premier fournisseur de gaz.
Enfin, la lutte contre l’immigration clandestine est au cœur de la politique italienne depuis quelque 15 ans, avec les patrouilles mixtes imaginées par le duo Berlusconi-Kadhafi, et depuis 2018 avec le décret-loi « Immigration et sécurité » du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini.
Rien de nouveau pour l’Afrique sous le soleil romain ? Sous les rayons de Bruxelles, ce vent idéologique d’extrême droite a certainement soufflé sur d’autres États.
Sous le regard avide du Hongrois Viktor Orbán et le regard séduisant de la Française Marine Le Pen, le parti du Suédois Jimmie Åkesson, qui s’oppose fermement à l’immigration, est arrivé au pouvoir le 11 septembre. Il appartient aux nouveaux nationalistes panafricanistes de répondre de manière appropriée à une Europe souverainiste émergente.