AFRIQUE : LE GRAND RETOUR DE LA SOUVERAINETÉ FACE À LA GUERRE DES PUISSANCES

Note de la rédaction
Bienvenue dans cette édition.
Sur tout le continent, nous assistons à un profond affrontement entre les pressions géopolitiques extérieures et la volonté d'autonomie africaine. De la Corne de l'Afrique, menacée d'enlisement dans le conflit qui s'étend entre les États-Unis, Israël et l'Iran, aux manœuvres de Washington et de Moscou pour asseoir leur influence militaire au Nigeria et au Kenya, les puissances étrangères traitent de plus en plus l'Afrique comme un échiquier stratégique. Pourtant, les nations africaines résistent activement. Qu'il s'agisse du Kenya qui défend une stratégie d'« alliances multiples » et d'autonomie, de l'Afrique du Sud qui condamne fermement la politique américaine, ou de Maurice qui menace d'intenter une action en justice pour contraindre le Royaume-Uni à respecter ses accords de décolonisation, le continent affirme son pouvoir de négociation.
Pourquoi c'est important :
Alors que les superpuissances mondiales rivalisent agressivement pour s'implanter militairement et économiquement sur le continent, les nations africaines tirent de plus en plus parti de leur importance stratégique pour dicter les conditions de leur souveraineté, de leur sécurité et de leurs alliances diplomatiques.
19 mars 2026
Dix reportages. Cinq minutes. Un regard plus clair sur l'Afrique d'aujourd'hui.

1. Tinubu sollicite des investissements britanniques lors de sa visite d'État historique

 
 La visite d'État du président Bola Tinubu au Royaume-Uni, la première d'un président nigérian depuis 1989, souligne les efforts déployés pour approfondir un partenariat moderne fondé sur le commerce, l'investissement et la coopération en matière de sécurité. Lors de ce voyage, le Royaume-Uni s'est engagé à verser environ 994 millions de dollars pour moderniser les ports de Tincan et de Lagos dans le cadre du Partenariat renforcé pour le commerce et l'investissement signé en 2024. Les discussions ont également porté sur l'énergie, les investissements technologiques et la coopération en matière de lutte contre le terrorisme, alors que le Nigeria est confronté à l'insurrection et à la montée de la criminalité. Cette initiative facilitera sans aucun doute l'accès des investisseurs britanniques au plus grand marché de consommation d'Afrique et aux secteurs nigérians ayant besoin de capitaux étrangers. Cependant, les fréquents voyages à l'étranger de M. Tinubu n'ont pas encore apporté de bénéfices directs aux Nigérians au quotidien, dont beaucoup sont aux prises avec une pauvreté galopante, une flambée du coût de la vie et une crise sécuritaire qui s'aggrave. Si, à long terme, la diplomatie ambitieuse de M. Tinubu ne parvient pas à générer une croissance intérieure tangible, elle risque d'alimenter un profond mécontentement populaire et de déstabiliser davantage le pays le plus peuplé d'Afrique.

2. Le président congolais Sassou Nguesso obtient un cinquième mandat

Dans une élection étroitement contrôlée, le président Denis Sassou Nguesso, âgé de 82 ans, a été réélu pour un second mandat de cinq ans en République du Congo, remportant un score écrasant de 94,82 % des suffrages. Le scrutin, quasiment une formalité, a été marqué par une coupure d'internet, des boycotts de l'opposition et le maintien en détention de figures importantes de son opposition. Si les médias d'État ont annoncé un taux de participation de 84,65 %, des observateurs ont constaté des bureaux de vote désertés à Brazzaville. Alors que Nguesso entame ce qui est censé être son dernier mandat, l'attention politique se porte de plus en plus sur une lutte de succession qui se profile au sein du Parti travailliste congolais (PTC), le parti au pouvoir. Cette victoire permet à Nguesso et à son entourage de consolider leur emprise sur l'appareil d'État et de gagner du temps pour orchestrer une succession favorable. Toutefois, en privant les groupes d'opposition et la population congolaise d'une véritable représentation démocratique, ce processus étroitement contrôlé ne fait que retarder une lutte de pouvoir inévitable. En réalité, alors que le dirigeant de 82 ans approche de la fin de son règne, cette lutte de succession interne, qui se profile et qui a des enjeux considérables, pourrait finalement fracturer le gouvernement et menacer la stabilité régionale.

3. Moscou suspend les enrôlements militaires kényans face à l'indignation générale.

La Russie a accepté de cesser de recruter des citoyens kényans pour son conflit en Ukraine, suite aux inquiétudes exprimées par Nairobi quant au recrutement d'un millier de Kényans attirés par des promesses de salaires, de primes et de citoyenneté russe. Le secrétaire général du Premier ministre kényan, Musalia Mudavadi, a annoncé l'accord à Moscou aux côtés du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Moscou affirme que les Africains ayant rejoint le conflit l'ont fait volontairement et conformément à la loi russe. Parallèlement, d'autres gouvernements africains ont fait part de préoccupations similaires, l'Afrique du Sud et le Botswana signalant que leurs citoyens avaient été enrôlés de force dans des circonstances analogues. Grâce à cet accord, les demandeurs d'emploi kényans bénéficient d'une protection essentielle contre les réseaux de recrutement abusifs qui envoient des personnes dans des zones de combat meurtrières. Ce précédent pourrait également ouvrir la voie à des protections similaires pour les travailleurs vulnérables à travers le continent. De son côté, l'armée russe perd un important flux de main-d'œuvre étrangère clandestine, auparavant utilisé pour renforcer ses forces en Ukraine. Plus important encore, cette décision pourrait redéfinir la manière dont la Russie aborde les marchés du travail africains et influencer les relations diplomatiques impliquant des milliards de dollars d'échanges commerciaux, de coopération en matière de sécurité et de flux migratoires.

4. La Somalie s'oppose aux projets de bases israéliennes au Somaliland

La Somalie a averti que les projets israéliens, rapportés par la presse, d'établir une base militaire au Somaliland, risquent d'entraîner son territoire dans des conflits régionaux plus vastes . Le Somaliland, région séparatiste que la Somalie considère comme faisant partie intégrante de son territoire, est situé de l'autre côté du golfe d'Aden, face au Yémen. Israël est devenu le premier État membre de l'ONU à reconnaître l'indépendance du Somaliland en décembre dernier, renforçant ainsi les liens bilatéraux, liens qui, selon des responsables, pourraient s'étendre à la coopération en matière de sécurité. Si les projets israéliens se concrétisent, Jérusalem s'assurerait un avant-poste militaire hautement stratégique, lui permettant de projeter sa puissance à travers le golfe d'Aden et d'étendre son influence vers les Houthis, l'Iran et le Hezbollah. De son côté, le Somaliland bénéficierait d'un soutien sécuritaire et d'investissements potentiels liés à la défense et aux infrastructures. Pour la Somalie, en revanche, cela constituerait une atteinte grave à son intégrité territoriale et à ses revendications de souveraineté historique sur la région.

5. La Corne de l'Afrique risque des répercussions de la guerre contre l'Iran

La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran fait craindre que la Corne de l'Afrique ne devienne un nouveau front , compte tenu de sa position stratégique le long de la mer Rouge et du golfe d'Aden. Djibouti abrite le camp Lemonnier, la plus grande base américaine d'Afrique, tandis que le Somaliland – reconnu par Israël en décembre dernier – est envisagé pour une éventuelle présence sécuritaire israélienne. Djibouti tire chaque année des dizaines de millions de dollars de l'accueil de cette base américaine, ce qui dynamise son économie. Toutefois, si ces avant-postes stratégiques offrent aux États-Unis et à Israël la possibilité de contrer les groupes armés iraniens le long de voies maritimes vitales, ils pourraient potentiellement faire de Djibouti et du Somaliland des cibles, les entraînant ainsi dans le conflit.

6. Le Nigeria lutte contre une insécurité croissante malgré l'aide des États-Unis

Près de 30 000 personnes ont été tuées dans les violences qui ont secoué le Nigeria depuis l’arrivée au pouvoir du président Tinubu en 2023. Insurgés islamistes, bandits armés et violences intercommunautaires mettent à rude épreuve une armée déjà surchargée et dépourvue de stratégie cohérente à long terme. La crise a pris une tournure internationale lorsque le président américain Donald Trump, instrumentalisant le discours d’une violence antichrétienne ciblée, a ordonné des frappes aériennes dans le nord-ouest du Nigeria. Cette décision a conduit à un nouveau partenariat de sécurité controversé, déployant une centaine de militaires américains et des drones de surveillance sur le sol nigérian. Ce partenariat avantage les États-Unis, car il leur confère une présence sécuritaire significative sans obligation conventionnelle. En revanche, la situation est inverse pour le gouvernement de Tinubu, confronté à des questions de souveraineté et risquant d’être perçu comme subordonné à l’agenda de Washington. Jusqu’à présent, il n’a pas non plus apporté de réponse aux souffrances des populations du nord du Nigeria, victimes quotidiennes de violences.

7. Le Kenya exhorte l’Afrique à l’autosuffisance face aux troubles mondiaux

Le Kenya exhorte les pays africains à renforcer leur autonomie et à approfondir leur coopération multilatérale face aux tensions internationales – du conflit iranien à la guerre en Ukraine – qui redessinent les marchés et les alliances. S'exprimant à Londres, le ministre des Affaires étrangères, Musalia Mudavadi, a déclaré que l'Afrique devait transformer son potentiel économique en influence géopolitique tout en gérant les risques tels que la hausse des prix du pétrole. Nairobi poursuit une stratégie d'« alliances multiples », maintenant ses liens avec des partenaires comme les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Union européenne, la Chine, l'Inde et les pays du Golfe, tout en développant le commerce intra-africain grâce à la ZLECAf et aux plateformes numériques telles que BiasharaLink. Si cette politique porte ses fruits, elle profitera aux exportateurs africains et aux réseaux commerciaux régionaux, leur permettant de conquérir de nouveaux marchés potentiellement lucratifs. Cependant, pour les superpuissances mondiales traditionnelles, une plus grande autonomie réduirait leur capacité à exiger une loyauté géopolitique exclusive des nations africaines. À long terme, cette stratégie accélérera la transition de l'Afrique, d'un importateur vulnérable à un bloc géopolitique unifié et autosuffisant, capable de surmonter les crises extérieures.

8. Ramaphosa revient sur son affrontement avec Trump dans le Bureau ovale

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a déclaré que sa rencontre dans le Bureau ovale avec le président américain Donald Trump s'était transformée en « piège », après que ce dernier eut présenté des allégations contestées selon lesquelles les Sud-Africains blancs seraient victimes de violences et de discriminations généralisées. Ramaphosa a rejeté ces allégations , défendu la réforme agraire visant à corriger les inégalités héritées de l'apartheid et souligné la politique étrangère non alignée de l'Afrique du Sud dans un contexte de tensions internationales. Il a également qualifié de racistes les politiques mises en œuvre par l'administration américaine, notamment l'ouverture de voies d'accès aux réfugiés pour les Sud-Africains blancs et l'imposition de droits de douane de 30 %. Malgré ce gel diplomatique, Ramaphosa insiste sur le fait que des négociations commerciales discrètes se poursuivent entre les deux pays. Si la rhétorique de Trump vise à mobiliser son électorat conservateur, ses actions ont des répercussions sur l'économie sud-africaine. À long terme, la décision de Trump rapprochera Pretoria des rivaux géopolitiques des États-Unis, tels que la Chine, la Russie et l'Iran.

9. Les États-Unis négocient une trêve entre le Rwanda et la RDC

À l'issue de négociations cruciales à Washington, la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda se sont entendus sur des « mesures concrètes » pour désamorcer leur conflit . Cette nouvelle impulsion diplomatique intervient après l'échec d'un accord de paix négocié par les États-Unis et signé par le président Donald Trump en décembre dernier, qui n'a pas permis de mettre fin aux combats dans l'est de la RDC. Les États-Unis ont récemment imposé de lourdes sanctions aux Forces de défense rwandaises, accusant Kigali de soutenir l'expansion territoriale violente du groupe rebelle M23. Aux termes du nouvel accord, le Rwanda s'est engagé à lever les « mesures défensives » en territoire congolais, tandis que la RDC s'est engagée à neutraliser les FDLR, une milice hutue que Kigali considère comme une menace génocidaire. Cette initiative confère à l'administration américaine une victoire diplomatique temporaire, affirmant son leadership mondial en maintenant les deux nations africaines rivales engagées dans un processus de paix sous l'égide de l'Occident. Cependant, les civils de l'est de la RDC continuent de souffrir car, en l'absence de calendrier de désengagement vérifiable et de critères de neutralisation des FDLR, l'accord risque de se transformer en un cessez-le-feu de façade.

10. Sous la pression des États-Unis, le transfert de l'archipel de Chagos du Royaume-Uni à Maurice est bloqué.

Un an après l'accord du Royaume-Uni sur la restitution de l'archipel des Chagos à Maurice, le traité est bloqué au Parlement , poussant Maurice à menacer d'engager des poursuites judiciaires face à ces retards qui affectent désormais sa planification budgétaire. L'accord accorderait à Maurice sa souveraineté tout en permettant au Royaume-Uni et aux États-Unis de conserver le contrôle à long terme de la base militaire de Diego Garcia, Londres versant environ 130 millions de dollars par an. Ce retard, alimenté par l'opposition du Parti conservateur britannique et les pressions du président américain Donald Trump, confère temporairement aux faucons de la défense américains et britanniques un levier d'action. Cela leur permet de maintenir un contrôle militaire sans partage sur Diego Garcia, sans surveillance mauricienne, malgré la ratification du traité. Maurice perd ainsi des recettes économiques cruciales. À long terme, l'incapacité du Royaume-Uni à adopter la législation nécessaire à cet accord de décolonisation met à l'épreuve sa crédibilité en tant que défenseur de l'ordre international fondé sur des règles, révélant une potentielle hypocrisie occidentale concernant la souveraineté territoriale lorsque ses propres intérêts stratégiques sont en jeu.

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