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Politique :Et si rien ne se passait comme prévu ? Trois scénarios fous pour 2017

19 octobre 2016 - 257 vues

Et si le deuxième tour de la présidentielle ne voyait pas s’affronter Alain Juppé et Marine Le Pen, comme les sondages et les commentateurs l’annoncent depuis plusieurs mois ?La Vie a examiné trois hypothèses alternatives alors que se tient le premier débat pour la primaire de la droite jeudi soir.

Édouard Balladur en sait quelque chose : il faut se méfier des sondages et des commentaires flatteurs. Au début de 1995, le Premier ministre de François Mitterrand est favori des sondages. Les journalistes l’applaudissent à sa conférence de presse programmatique. Il est présenté comme le grand gagnant de l’élection à venir. Mais en mai, c’est Jacques Chirac, patron du RPR, et son thème de la fracture sociale, qui l’emportent. Une présidentielle n’est donc jamais jouée d’avance. L’élimination de Lionel Jospin dès le premier tour le 21 avril 2002, les 18,7% de François Bayrou en 2007, en sont d’autres exemples.

Depuis janvier 2016, tous les sondages, quels que soient les instituts, donnent Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Et ils montrent tous que son concurrent sera un candidat de droite. Soit. « Ce sont des probabilités très élevées, mais rien n’est jamais gravé dans le marbre », prévient Pascal Perrineau, politologue et spécialiste de sociologie électorale. Et de poursuivre :« Qu’une météorite arrive et emporte l’élection paraît toutefois la probabilité la moins élevée. »Exit, Emmanuel Macron qui fait campagne avec son mouvement En Marche sans jamais annoncer officiellement, pour l’instant, qu’il sera candidat.  

Alors que l’électorat s’est fracturé en quatre grandes familles – la gauche de la gauche, la gauche réformiste, la droite et l’extrême-droite – La Vie a imaginé trois scénarios qui pourraient bousculer cette année présidentielle. Du plus probable au plus improbable…

Hypothèse 1 :
François Hollande renonce à se présenter, Manuel Valls est candidat

Le locataire élyséen veut être candidat. Il l’a confié à l’Obs cette semaine : « Je suis prêt. » Mais le peut-il encore ? « Le scenario se construit sous nous yeux, abonde Jérôme Sainte-Marie, de la société d’études Polling Vox. Une campagne est-elle possible ? Les meetings seraient dramatiques, les élus locaux n’ont pas envie de s’afficher avec lui, son image s’affaisse avec les multiples ouvrages de confidences publiés en ce moment [notamment cette semaine, Un président ne devrait pas dire ça, de Fabrice Lhomme et Gérard Davet, chez Stock, ndlr]. Enfin, le poids du chômage reste écrasant. » Selon lui, les 13-14% dont le Corrézien est crédité dans les sondages sont un sommet et non un point de départ.

Un député de la majorité nous confie même : « Sur mon territoire, autant Hollande est décrédibilisé, autant Valls est crédité d’autorité et de charisme. » Quand bien même ses équipes ne seraient pas encore structurées, quand bien même il n’aurait pas envie d’aller au charbon, le Premier ministre « n’aura pas le choix, dit Laurent Bouvet, politologue et professeur de science-politique. Qui d’autre, sinon, pour représenter la gauche de gouvernement à la primaire de janvier ? »

Si François Hollande renonçait en décembre – date à laquelle il aurait prévu de se déclarer –, Manuel Valls démissionnerait, laisserait la rue de Varenne à Bernard Cazeneuve, actuel ministre de l’Intérieur et fidèle parmi les fidèles hollandais, et se présenterait à la primaire de janvier. « Ce scénario est loin d’être absurde, remarque Pascal Perrineau. Hollande ne voudra pas subir une honte historique ni plomber le PS. Quant à Valls il est tout à fait en capacité de récupérer l’héritage. »

Face à Arnaud Montebourg, ex-ministre du Redressement productif, soutenu par une partie des frondeurs, le duel peut s’avérer intéressant et créer une dynamique électorale. Selon Jérôme Sainte-Marie, c’est même la seule possibilité de qualification de la gauche au second tour. Et en cas de défaite, Manuel Valls peut réaliser une opération à la Lionel Jospin en 1995 : récupérer le PS et tenter une recomposition politique.

Hypothèse 2 :
Nicolas Sarkozy ne respecte pas la primaire

Et si au soir du 27 novembre, face à un Alain Juppé vainqueur, Nicolas Sarkozy, mauvais perdant, décidait de se présenter quand même ? Si l’ancien président tentait, dans un coup de folie, de rejouer (mais à front renversé) l’opération de Jacques Chirac contre Édouard Balladur en 1995 ?

Depuis quelques semaines, de meeting en meeting, l’ancien président et ses troupes ne cessent de clamer à leurs affidés : « Ne vous faites pas voler votre primaire ! » et de railler cet électorat de gauche qui viendrait soutenir Alain Juppé dès le premier tour le 20 novembre prochain. Comme Nathalie Koscisuko-Morizet l’a confié à la Vie le 3 octobre dernier (et parce qu’elle a tout intérêt elle aussi à ce que des électeurs de gauche se déplacent pour elle) : « Je me souviens de Nicolas Sarkozy convoquant Jaurès à la tribune, nous demandant de lire la lettre de Guy Moquet dans les écoles et faisant entrer dans son gouvernement Fadela Amara, Bernard Kouchner et Jean-Pierre Jouyet. Ces derniers peuvent-ils venir voter à la primaire ? »

De fait, ce sont des primaires « ouvertes » : toutes les personnes inscrites sur listes électorales, moyennant 2€ et la signature de la charte de la droite et du centre, ont la possibilité de voter. C’est un exercice nouveau pour la droite plus habituée à désigner ses chefs par acclamation. Toutes les projections le montrent : Plus le cortège électoral sera important, plus le maire de Bordeaux sera favorisé, la base des militants de Les Républicains restant très sarkozyste.

Mais l’ancien président de la République, qui a souscrit au principe de la primaire et l’a même organisée, acceptera-t-il de se ranger derrière celui qui fut son ministre des Affaires étrangères, au soir du deuxième tour ? Un rassemblement est-il possible quand les candidats se bagarrent autour de leurs passifs judiciaires respectifs ? Oui, selon Laurent Bouvet : « Je ne vois pas Nicolas Sarkozy ne pas respecter un processus que lui-même a mis en place. Il sortirait par la petite porte de l’Histoire et achèverait définitivement son image. » Pour Pascal Perrineau, « la dimension caractérielle d’un homme, sa folie, l’emporteraient alors sur la raison politique… » Ce serait une des preuves, s’il en faut, que la vie politique française a atteint un niveau de détérioration peu commun.

Hypothèse 3 :
Cécile Duflot affronte Marine Le Pen au second tour le 7 mai 2017

Certes, en Autriche, Norbert Höfer, du parti d’extrême-droite FPÖ, est arrivé au coude à coude avec Alexander Van der Bellen, soutenu par les Verts. Mais les verts autrichiens représentent davantage que les Verts français divisés, englués dans leurs querelles d’appareil et un programme qui flirte avec celui de l’extrême-gauche.

De surcroît, les partis traditionnels autrichiens ont connu une crise bien plus grave que celle que rencontrent les partis français. Enfin, le président n’est pas doté d’un pouvoir tel que celui de notre monarque républicain, issu de la Ve république et du suffrage universel. « Van der bellen est un vieux sage tandis que Cécile Duflot a tout sauf cette image », remarque malicieusement Pascal Perrineau.

Bien sûr, il faudrait d’abord qu’elle emporte la primaire de son parti le 4 novembre, puis parviennent à réunir les 500 signatures permettant de se présenter à la présidentielle. Mais si tel était le cas, et que les candidats de droite et de la gauche réformiste s'effondraient au premier tour, alors elle affronterait la candidate du FN... qui aurait alors toutes ses chances de l'emporter.

Un scénario spectaculaire… mais complètement impossible !

OLIVIA ELKAIM

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