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#FRANCE Politique Emmanuel Macron : “Aucune religion n’est un problème“

21 octobre 2016 - 265 vues

Mardi 18 octobre, à Montpellier, le (presque) candidat à la présidentielle a livré sa vision de la loi de 1905, qui se veut plus ouverte que celle de Manuel Valls.

« Chaque homme marche, chaque nation marche, et celui qui marche sait où est le but ». Le 18 octobre, à Montpellier, quelques minutes, avant le meeting d’Emmanuel Macron, le député PS Richard Ferrand paraphrasait volontiers Jean-Paul II pour montrer que rien ne saurait arrêter la fusée Macron. Et certainement pas les propos que Manuel Valls a tenus, la veille, sur la laïcité et la place de l’islam en France.

Et pourtant, alors que la question de la candidature de François Hollande est plus que jamais posée, suite au livre-confession sans filtre de deux journalistes du Monde (Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Un président ne devrait pas dire ça, Stock), le Premier ministre et l’ex-locataire de Bercy, ferraillent déjà. Sans être pourtant ni l’un ni l’autre officiellement candidats. Et sur une thématique, la laïcité, sur laquelle deux lignes à gauche se sont toujours affrontées. Et encore plus depuis les attentats.

Le Premier ministre, qui souhaite depuis longtemps une clarification du PS, a toujours incarné une approche républicaine ferme, voire excluante. Partisan d’une interdiction du voile à l’université, Manuel Valls a défendu les maires qui voulaient interdire, cet été, le burkini sur les plages. Soucieux d’apparaître rassembleur dans l’hypothèse où le président de la République renonce à se présenter, il a néanmoins baissé d’un ton, le 17 octobre, lors de l’inauguration d’un conseil local citoyen de la laïcité à Évry. 

Un match Valls vs. Macron

Répondant à Emmanuel Macron qui l’a qualifié, sans jamais le nommer directement, de tenant d’une laïcité « revancharde », Manuel Valls a tendu la main aux Français musulmans, leur assurant que « la laïcité n’est pas dirigée contre eux, mais au contraire est là pour les aider, pour les protéger ». Mais le chef du gouvernement a aussi rappelé que « la laïcité, c’est le supplément d’âme de la France. Celui qui fait que nous sommes singuliers, qui fait aussi que nous sommes parfois incompris à l’étranger. » En clair : pour Valls, quand elle ne tire pas vers une religion d’État, la loi de 1905 serait intrinsèquement liée à notre identité culturelle.

Le lendemain, lors de son meeting à Montpellier, qui a marqué la dernière étape de son diagnostic de la société, Emmanuel Macron a repris le match lancé avec Manuel Valls sur la laïcité. A rebours de celle du chef de l'exécutif, sa vision renouerait avec l’esprit de liberté des pères de la loi de 1905. 

Debout, derrière un pupitre et d’un ton solennel, l’ex-ministre de l’Économie, en costume sombre, a ainsi martelé que « la laïcité est avant tout une liberté avant d’être un interdit. Elle est avant tout un texte de tolérance ». « En France, aucune religion n’est un problème », a-t-il assuré. Dans une récente interview à Challenges, il avait aussi montré sa différence avec tous ceux qui veulent repousser les frontières de la loi dans l’espace public. Pour lui, l’État est bien sûr neutre, mais pas la société : « Pour un croyant, la foi ne se "modère" pas, elle se vit, parfois intensément. Or l’État n’a rien à faire dans le mystère de l’âme. »

La France n'est pas une idée, c'est une volonté.

Craignant de passer pour trop angélique, Emmanuel Macron a affirmé qu’il était néanmoins pour « une laïcité bienveillante mais exigeante. » Un propos qui rappelle la ligne équilibrée d’Alain Juppé, avec qui il avait d’ailleurs récemment pointé ses convergences « sur ce que doit être la vie en société ». Emporté par les vivats de la salle, Emmanuel Macron a surtout lâché :« Aujourd’hui, le problème – et non le sujet comme il était écrit à l’origine dans son discours –, il faut le regarder en face ce n’est pas la laïcité, c’est l’islam. » 

Sans originalité, il a appelé à aider les musulmans à organiser un islam de France. Il a aussi exigé le démantèlement des associations qui prêchent la haine de la République. Lesquelles ? Sur quelle base juridique ? Soutient-il la proposition de loi portée par Nathalie Kosciusko-Morizet visant la pénalisation des prédications subversives et qui vient d’être retoquée par le gouvernement ? Le leader d’En marche s’est contenté de dire qu’aucun nouveau texte n'était nécessaire, sans aller plus loin. 

Le temps des propositions n’est pas encore venu, répète en boucles celui qui, de jour en jour, se rapproche d’une candidature pour 2017. Voulant entrer dans le débat en vogue sur l'identité, il a enfin soutenu que « la France n’est pas une identité fixe, fermée », tâclant cette fois Alain Juppé et son « identité heureuse ». « La France n’est pas une idée à laquelle on songe de manière abstraite », a poursuivi Emmanuel Macron, égratignant ici François Hollande. « La France est une volonté », a-t-il harangué. Un vrai slogan de candidat.

Lavie.fr

#Pascale Tournier,#Montpellier

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