EGLISE Olivier Leborgne : « Nous ne revendiquons pas la messe, mais le droit ! »

30 novembre 2020 à 21h10 - 307 vues

Le Premier ministre Jean Castex, accompagné du ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin, s'entretient avec des représentants de la Conférence des évêques de France (CEF) dont l'un des vice-présidents Olivier Leborgne (2ème en partant de la gauche), le 29 novembre.    • LAFARGUE RAPHAEL/ABACA

Par RadioTamTam

Le Conseil d’État a cassé la jauge de 30 personnes imposée par le gouvernement pour la célébration du culte public le 29 novembre. Le même jour, une délégation de la Conférence des évêques de France (CEF) a rencontré le Premier ministre. Evêque d’Arras et vice-président de la CEF, Olivier Leborgne revient sur ces échanges.

Vous avez rencontré le Premier ministre dimanche soir, après que le Conseil d’État ait rejeté la limitation de trente personnes lors des offices religieux. Comment s’est passée cette réunion ?

Nous sommes sortis vivants ! – c’est une boutade. La rencontre a duré une heure un quart, il y a eu de vrais échanges. Nous avons eu le sentiment, pour une fois, d’avoir été écoutés, même si nos analyses peuvent diverger. Nous n’avons senti aucune crispation.

Comment Jean Castex a-t-il justifié a posteriori cette jauge des 30 personnes par célébration ?

Le Premier ministre était accompagné lors de cette rencontre du professeur Henri Salomon, directeur général de la Santé. Ils ont rappelé ensemble des éléments épidémiologiques, à laquelle nous avons été sensibles. Nous sommes tentés de comparer la situation présente avec la fin du confinement de mai dernier : or, nous ne sommes pas dans un déconfinement, mais dans un allègement. En effet, là où il y avait 1300 en réanimation en mai dernier, il y en a plus de 3000 aujourd’hui. De plus, l’humidité et le froid de l’hiver sont des facteurs d’accélération de la propagation du Covid. À leurs yeux, ces éléments justifiaient une telle jauge. Mais le Premier ministre a rappelé que le Conseil d’État était l’arbitre, et qu’il respecterait sa décision.

Nous ne sommes pas dans un déconfinement, mais dans un allègement.

Avez-vous convenu des prochaines étapes pour la tenue du culte public ?

Le Premier ministre doit écrire un nouveau décret pour mercredi. Il y avait un horizon acceptable pour les deux parties, mais il n’a pas été arrêté, car le gouvernement doit poursuivre la consultation auprès des autres religions. Par ailleurs, Jean Castex a beaucoup insisté sur le fait qu’il s’inscrit dans une réflexion de 15 jours à 15 jours : entre aujourd’hui et le 15 décembre, il y aura de nouvelles mesures, qui sont susceptibles d’évoluer au 15 décembre. Le but étant d’accueillir le plus de monde possible à Noël dans les églises.

Devant l’imposition de la jauge de 30 personnes par le gouvernement et le succès de ce dernier référé-liberté, certains catholiques ont pu en conclure que le dialogue était moins efficace que le recours devant le juge administratif...

L’un ne s’oppose pas à l’autre ! D’un côté, il faut être solidaire de la société soumise à la pandémie, et soutenir les efforts du gouvernement. Comme évêques, nous pouvons parfois reprendre nos fidèles, dont certains n’ont pas conscience de la gravité de la situation, et qui habillent de spiritualité leur égoïsme, même s’ils ne sont pas si nombreux que ça. De l’autre, il faut rappeler la dimension spirituelle de l’homme et la légitimité de la liberté religieuse. Nous ne demandons pas un régime d’exception, mais l’application d’une liberté constitutionnelle, qui a été rappelée par le Conseil d’État. Ce n’est pas du tout une revendication catégorielle. Nous ne nous battons pas pour la messe, mais pour le droit ! Nous étions la seule catégorie de lieux autorisés à rouvrir qui n’avait pas une jauge de personnes proportionnelle à la surface, comme les magasins. Si on ne se bat pas pour la liberté religieuse, c’est la liberté qui est bafouée. D’ailleurs, beaucoup de représentants juifs et musulmans nous encouragent et nos remercient dans nos démarches.

Nous étions la seule catégorie de lieux autorisés à rouvrir qui n’avait pas une jauge de personnes proportionnelle à la surface.

Comme tous les Français, les chrétiens sont ballottés dans cette pandémie. Comment peuvent-ils entrer dans l’Avent ?

Ayons les yeux tournés vers le mystère de Noël. Nous allons célébrer l’incroyable d’un Dieu riche qui s’est fait pauvre. Marie n’avait pas de place pour donner naissance à Jésus dans la salle commune, une situation pire que la nôtre aujourd’hui ! Il faut que les chrétiens aient une attitude de communier avec leur Seigneur. D’autre part, nous avons beaucoup râlé contre la commercialisation de Noël : avec cette pandémie, nous avons une chance pour vivre un Noël sobre, dont la relation humaine sera remise au centre. L’épreuve doit creuser en nous le désir de Dieu. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi » (Isaïe 9,1), dit l’Écriture : nous sommes ce peuple dans la nuit, et c’est dans cette nuit que la lumière va jaillir. Si les chrétiens rayonnent du Christ, quelque chose dans le monde changera.

Source : LaVie.fr

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