AFRIQUE2050 Cameroun: le président Biya tente de ternir l’image ternie du pays

29 mars 2021 à 17h52 - 349 vues

Le Président camerounais Paul Biya présente ses meilleurs vœux à la nation le 31 décembre 2020 © MABOU

Par RadioTamTam

Handicapé ces dernières années par une série de crises - politiques, sécuritaires et économiques - le Cameroun veut réaffirmer sa position de puissance régionale. Toutefois, il doit relever de nombreux défis s’il veut convaincre les gens que la situation du pays s’améliore.

Le Palais Etoudi se sent modestement triomphant. Toutefois, la présidence camerounaise ne revendique pas la victoire même si, selon un haut responsable, « la guerre dans la zone anglophone est presque terminée. Mis à part quelques affrontements qui se produisent habituellement les jours de confinement [le jour hebdomadaire où la ville est encore], rien de plus ne se passe.

Sisiku Ayuk Tabe, président de la République d’Ambazonia – que nous avons interviewé depuis la prison de Kondengui, où il purge une peine d’emprisonnement à perpétuité – ne partage pas ce point de vue. « Ce n’est pas la première fois que nous les enrions dire cela. Leurs paroles devraient correspondre à celles de la réalité. Rappelez-vous leurs dénégations après la révélation du massacre de Ngarbuh et bien d’autres. La guerre fait rage depuis quatre ans maintenant », a-t-il déclaré.

Défaite du projet sécessionniste


Quoi qu’il en soit, au sein de la présidence – comme c’est le cas dans tous les cercles décisionnels – la défaite du projet sécessionniste ne fait plus aucun doute. Fort de cette certitude, le gouvernement se plaint que la presse internationale persiste à présenter le Cameroun comme un pays en guerre alors que, selon le gouvernement, la paix est revenue dans les deux régions anglophones.

De même, dans le Grand Nord, où les hordes de la secte islamiste Boko Haram opèrent encore sporadiquement, quelques escarmouches ne signifient pas qu’une guerre a éclaté.

Néanmoins, cinq années de lutte armée ont laissé des traces. Aux yeux des autorités, la répercussion la plus grave de tout ce conflit a été que l’image d’un pays autrefois connu pour sa stabilité a été ternie. Des articles de journaux et des rapports d’ONG compilent les méfaits des belligérants, donnant au Cameroun une réputation susceptible de rebuter les investisseurs et les touristes. Toutefois, dans un premier temps, un rapport de l’ONG Human Rights Watch du 12 mars dénonçait les violences commises par les séparatistes qui, selon l’organisation, ont abandonné leurs revendications et deviennent des criminels agissant en bande organisée.

Maintenant qu’il a renforcé sa position militaire ferme et tendu la main aux rebelles sur le front politique, le gouvernement veut profiter de l’accalmie pour prendre le contrôle de sa communication. Le problème est qu’aucun événement majeur n’est à venir au cours duquel il peut « vendre » le retour à la paix. Peut-être pendant le dialogue national? « Heureusement, elle a eu lieu même si des rivalités internes ont empêché le premier ministre, Joseph Dion Nguté, de faire la vente », dit un politicien.

Pour ramener les investisseurs, Yaoundé compte aussi sur le climat politique pour s’apaiser. Les tensions ont diminué et les manifestations de l’opposition ont cessé. Par ailleurs, la crise postélectorielle qui a suivi l’élection présidentielle de 2018 touche également à sa fin.

Alors que la base révolutionnaire du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) du parti de l’opposant Maurice Kamto la pousse à maintenir la pression sur le gouvernement, le leader a choisi de mettre en attente son « plan de résistance pacifique ». Et ce, malgré le fait qu’il a boycotté les élections régionales de décembre dernier et exigé une réforme du code électoral pour les élections démocratiques.

Le gouvernement profite également de l’affaiblissement du Front social-démocrate (FDS), l’autre grand parti d’opposition, qui a été envahi par les sécessionnistes de droite dans son propre bastion, les régions anglophones. Son discours fédéraliste est devenu inaudible, d’autant que les modérés du parti aimeraient vivre par eux-mêmes les effets du statut spécial conféré par la décentralisation mise en œuvre depuis les élections régionales.

Militants de la diaspora

Dans le même temps, les FDS sont en pleine crise existentielle depuis que son chef John Fru Ndi a annoncé son désir de passer les rênes à un homme plus jeune. Cela a déclenché une guerre de succession, qui pour l’instant est menée entre radicaux et modérés.

L’image du Cameroun est également brouillée par le fait que des confrontations internes ont été transférées à l’étranger. Les visites du président en Suisse, en France et aux États-Unis donnent lieu à des affrontements entre ses services de sécurité et des militants anti-Biya au sein de la diaspora. A plusieurs reprises ces dernières années, ils ont tenté de prendre d’assaut les hôtels où séjournait le chef de l’Etat.

Comment calmer les relations entre ceux qui sont au pouvoir et les Camerounais à l’étranger ? Pour apaiser l’atmosphère, le Président Paul Biya a lancé un mouvement majeur au sein du service diplomatique. Plusieurs nouveaux ambassadeurs ont été déployés, possédant à la fois des compétences en matière de sécurité et une expérience diplomatique, comme André Magnus Ekoumou, qui a été nommé ambassadeur du Cameroun en France le 30 juin 2020.

Ce diplomate, qui a passé plus de deux décennies au sein de la présidence où il était responsable des questions de sécurité, travaille en France pour désamorcer les tensions et renforcer les liens avec ses concitoyens vivant en France.

À Berlin, où les locaux de l’ambassade ont été endommagés, Biya nomma le commissaire de police Victor Ndoki le 2 novembre et lui chargea la même mission en Allemagne.

Le succès du pays

Ces changements nous donnent l’espoir d’un avenir meilleur au Palais Etoudi, qui a accueilli avec succès le dernier Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) au cours duquel les visiteurs et les téléspectateurs ont pu apprécier la qualité de l’infrastructure du pays hôte. Cela comprenait des stades flambant neufs, des services hôteliers publics et privés améliorés, des routes urbaines rénovées et bien entretenues, etc.

C’est sans aucun doute un grand succès pour ce pays qui a dû reporter la tenue de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de 2019 à 2021, puis à 2022 en raison de retards dans la livraison des travaux.

Le Cameroun espère accueillir, dans un an, la première CAN post-Covid-19. Pour cet événement, le gouvernement ne coupe nulle part les coins ronds. Yaoundé a emprunté 55 milliards de francs CFA (près de 84 millions d’euros) pour compléter le nouveau complexe sportif qu’elle construit à Olembe, au nord de la capitale.

Encore une fois, le gouvernement a oublié que l’information vaut mieux que de simples déclarations. Les autorités ont dû inviter la presse à expliquer les ins et les outs de ce nouveau prêt. Les médias sociaux ont dû être calmés, les utilisateurs dénonçant une dette excessive « dont le remboursement sera la responsabilité des générations futures malheureuses » et ont également critiqué le gouvernement pour « ne pas être responsable » des opérations entourant l’ensemble du programme de construction d’infrastructures.

Changer la perception extérieure du pays est un défi difficile, tout comme le retour à une forte croissance. Le gouvernement a donc adopté une stratégie nationale de développement (SND 2020-2030). Il établit un cadre de référence pour sa politique d’industrialisation tout en tenant compte des recommandations du Grand Dialogue National (GDN), convoqué par le Président en septembre 2019.

Comme condition du succès, selon les prévisionnistes du ministère de l’Économie, « le taux de croissance annuel devrait passer de 4,5% à 8,1% en moyenne sur la période 2020-2030. Et la croissance dans le secteur secondaire (hors pétrole) devrait être en moyenne supérieure à 8%, tandis que le déficit de la balance commerciale devrait passer de 8,8% du PIB en 2018 à moins de 3% en 2030. »

La contribution de la diplomatie économique

Il s’agit d’un défi difficile pour un pays qui n’a pas réalisé une telle performance depuis les années 1970-1980. Ce document, qui est une nouveauté notable par rapport aux documents précédents, intègre la contribution de la diaspora au développement, ainsi que la contribution de la diplomatie économique. Il prend également en compte la rationalisation de la gestion des institutions et des entreprises publiques.

Le rétablissement de la réputation du pays contribuera à attirer davantage d’investissements. Il s’agit également d’améliorer son climat des affaires. Dans le rapport Doing Business 2020 de la Banque mondiale, le Cameroun s’est classé 167e sur 190 pays, ce qui représente une légère baisse par rapport à l’édition 2019, où il avait atteint la 166e place.

Commentant cette contre-performance, le Groupement Interpatronal du Cameroun (Gicam) estime qu'«en général, la mise en œuvre des réformes Doing Business devrait conduire à une réduction des procédures, des retards et des coûts dans des domaines tels que la création d’une entreprise, l’obtention d’un permis de construire, la connexion à l’électricité [...]. À cette fin, la plupart des pays de la zone franc ont été plus ambitieux que le Cameroun. Par exemple, il faut cinq fois plus de temps pour y créer une entreprise qu’au Togo.

Malgré ces critiques, Le Cameroun entend retrouver sa position de première économie de la sous-région. Elle peut le faire si elle parvient à surmonter ses problèmes de gouvernance tels que la bureaucratie, qui pèse sur le fonctionnement de l’Etat, la corruption, qui ralentit le processus d’attribution et d’exécution des marchés publics, et la centralisation extrême, dans laquelle la présidence prend des décisions qui pourraient être traitées à un niveau inférieur.

Mais dans le même temps, le chef de l’Etat, 88 ans, prend de plus en plus ses distances avec la vie publique.

Changer l’image du Cameroun restera un défi si des réformes structurelles courageuses ne sont pas entreprises et si des changements politiques ne sont pas mis en place.

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